La fin d’une époque

Episode 1 : La fin d´une époque et le (tout) début d´une autre ?

La société postmoderne, à l´inverse de la société moderne issue du fameux contrat social, se caractérise par l´impossibilité de construire un projet commun rassemblant une majorité large sur une vision commune et structurée de l´avenir. Cette impossibilité trouve ses racines dans le déclin de l´intérêt général et dans le rejet croissant d´une autorité suprême de moins en moins admise. En effet, l´établissement de règles et de normes se heurte, à priori, à des résistances de plus en plus fréquentes. Cette difficulté toujours plus importante de construire un projet commun à grande échelle est le résultat d´une très lente sédimentation de l´ère moderne. Une sédimentation résulte toujours d´une accumulation que l´on voit, ni avant ni pendant mais toujours après, au moment de la saturation. Et nous sommes précisément dans un moment de saturation. Une saturation idéologique qui entraine toutes les autres saturations (politique, économique, philosophique…etc.).

Fin de homogénéisation, Vive la fragmentation!

Cette saturation résulte de la volonté, parfois excessive et déviante, de l’ère moderne de tout homogénéiser, de tout standardiser, de tout contrôler et de tout moraliser ! Un des marqueurs de cette saturation citoyenne par rapport au « tous pareils» est que la plupart des sujets, autrefois réservés à  la sphère privée et/ou autoritaire, passent désormais sur la place publique et démocratique à  tel point que la loi est devenue le marqueur social de la prise en compte d´un problème donné ! Le débat sur le « mariage pour tous » est une parfaite illustration de ce phénomène postmoderne. Cette volonté farouche de la prise en compte publique des différences d´ordre privé explique assez  précisément pourquoi l´ère postmoderne ne sera plus jamais une société homogène mais plutôt une mosaïque hétérogène plus ajustée qu´intégrée.

La société passe d’un ensemble homogène à  une mosaïque hétérogène

A vue de nez…

Les visions, les valeurs, les intentions ont changé d´échelle. Elles ne concernent plus une nation ou une entreprise dans son ensemble mais un groupe d´individu, une communauté, un clan ou encore une tribu à  l´intérieure de la nation ou de l´entreprise. Ce changement d´échelle répond à  un saut de complexité sans précédent d´une société devenue à  la fois hyperconnectée, rebelle et débridée. Ce mouvement d´indépendance face à  la norme et à  l´autorité est une impatience manifeste par rapport aux promesses de changement rarement tenues et pourtant souvent utilisées comme gage de cohésion ! La société moderne issue du fameux contrat social n´est plus synchrone avec elle-même. Dans la période de transition que nous vivons, il y a une société qui se dit et une autre qui se vit. Il n´y a plus une société, il y a des communautés qui ne vivent plus la même chose. Ce même phénomène est bien évidemment exporté dans les entreprises et les organisations et met à  mal les systèmes hiérarchiques centralisateurs qui en voulant tout contrôler ne maîtrise en réalité plus rien !

Le collectif aux multiples appartenances

La volonté de réduction des différences entre individus en un modèle de citoyen unique ne fonctionne plus. L´assimilation, l´intégration et l´homogénéisation saturent, en réaction le système se fragmente. Ce mouvement s´accompagne du passage d´un individu moderne plus ou moins stéréotypé en fonction de sa catégorie socioprofessionnelle à une personne postmoderne aux multi appartenances plus ou moins éphémères et fluctuantes. La société semble passer de l´adolescence caractérisée par la volonté d´être « tous ensemble et tous pareils » à l´âge adulte caractérisé par la volonté de fonder « une famille unique ». Ce saut (de maturité ?) redonnera t´il du sens et du souffle au devoir collectif ? Cette question cruciale est bien évidemment un des enjeux majeurs de cette ère postmoderne émergeante.

D’un individu univoque à  une personne équivoque

Je travaille à  mi temps dans ma tribu!

Ce n´est un secret pour personne, les individus s´investissent parfois beaucoup plus en tant que bénévoles dans leur tribu que dans leur entreprise où pourtant ils sont rémunérés (parfois grassement !). A l´évidence, le devoir collectif s´apprécie dorénavant, non plus par un lien patriotique ou hiérarchique mais par des liens originels, existentiels ou occasionnels. Politiquement, économiquement, philosophiquement, tout se passe comme si les différentes communautés court-circuitaient « la voie officielle » ou les différentes hiérarchies en devenant les briques élémentaires d´une mosaïque très hétérogène. Cette mosaïque, qui prend chaque jour un peu plus racine, est en train de transformer nos villes, nos quartiers, nos entreprises et finalement l´ensemble de notre environnement. Face à ces changements profonds irréversibles et irrémédiables, à quoi ressemblera une ville postmoderne, une entreprise postmoderne ou une organisation postmoderne ? Il n´y a évidemment pas de réponse tout faite ! Une chose est certaine en revanche, les vrais acteurs politiques, économiques, écologiques, philosophiques et académiques de demain seront les hommes et les femmes qui auront la légitimité et la crédibilité pour faire coexister les morceaux de la mosaïque en abandonnant l´idée d´un pouvoir d´en haut qui décide ce que doit être tout le monde en bas. Le haut (le global) doit devenir une passerelle pour relier, rassembler et mettre en synergie le bas (le local). Cette nouvelle règle du jeu est au centre de la société postmoderne qui débute sous nos yeux parfois interrogateurs !

A l´évidence, nous vivons la fin d´une époque et le début d´une autre.  Il y a chez l´immense majorité d´entre nous une nouvelle façon de vivre sa vie et son travail !

La fin d’une époque? Quelles sont les ruptures profondes et irréversibles auxquelles nous devrons faire face demain en tant que parents, salariés, citoyens ou managers? C´est ce que nous découvrirons dans le prochain épisode de cette « saga postmoderne ».

 

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