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Comment bien vieillir malgré tout?

vendredi 16 juillet 2021

Comment bien vieillir malgré tout ? Regard décalé sur une certaine Sagesse*.

Mieux vaut être en travaux plutôt qu’un produit fini !

Voilà une bonne résolution pour bien vieillir. La caractéristique de ce qui est vivant est de se transformer. Le parti pris de la logique que nous allons dérouler sera donc de considérer que l’on devient vieux quand on ne se transforme plus ou plus que par le déclin et ce, au fond, indépendamment de notre âge administratif. Mais ce parti pris s’ancre-t-il dans une certaine réalité ? Oui ! Il suffit d’observer les jeunes déjà vieux pour confirmer que le symptôme intergénérationnel de la vieillesse est le manque d’agilité, la sclérose, l’absence d’envie, bref une transformation réduite au déclin. Pour valider encore plus généralement notre parti pris, notons également qu’à l’allongement de la durée de vie, répond encore aujourd’hui une certaine tristesse de la vie et ce malgré les immenses progrès de la médecine. Il est vrai que quel que soit notre âge, le sens de notre vie ne dépend pas de là où l’on en est mais de là où l’on va. Cette remarque nous fait comprendre pourquoi on devient vieux quand on cesse de progresser et de cheminer. Progresser et cheminer transforment la destination, la même pour tous (si vous voyez ce que je veux dire), en un voyage forcement personnel même si être bien accompagné est toujours essentiel pour mieux progresser et mieux cheminer

Alors comment bien vieillir ?

Quel que soit notre âge, tout miser sur les béquilles juvéniles proposées par les progrès techniques et/ou médicaux plus ou moins artificiels est assez risqué ! Et oui, le monde est devenu incertain même plus les plus anciens. Se réapproprier la notion d’incertitude en la considérant comme un moment de liberté où l’on se choisit un chemin plutôt qu’un autre sans carte ni modèle est d’ailleurs un des moyens les plus sur de bien vieillir quel que soit son âge. L’incertitude dans le monde qui vient ne sera au fond qu’une autre facette de la Liberté.  Voilà un point de vue qui remet presque les jeunes et les vieux à égalité pour le monde d’après. Dit autrement, bien vieillir deviendra dépendant de la quantité d’incertitudes que l’on pourra supporter. A l’inverse, toutes celles et tous ceux refusant d’intégrer cette notion d’incertitude mobiliseront d’énormes ressources matérielles (en particulier beaucoup d’argent) et immatériels (rage, colère, dépit, ressentiments, combats) pour se barricader physiquement et psychologiquement. Hélas, ces prisons ne feront que retarder en vain les échéances.

Vieillir est aussi une perte de pouvoir sur nous-même.

Indépendamment de notre âge administratif, d’où vient cette perte de pouvoir qui se manifeste si fréquemment et si douloureusement en période de profonde mutation ? Pour résumer simplement cette origine disons que se reposer sur ses habitudes nous fait souvent gagner du (bon ?) temps avant parfois de nous en faire perdre. C’est à ce moment-là qu’il faut changer quelque chose car c’est aussi à ce moment-là que vieillir devient une expérience potentiellement handicapante. Cette prise de conscience est d’autant plus utile que notre société connait de profonds changements avec le corollaire suivant : Nos espérances sont souvent déçues. Pour mettre en évidence ce fait, il suffit d’écouter les gens et de constater que beaucoup rêvent de ce qu’ils n’ont pas ou de ce qu’ils ne sont pas. En revanche, très peu rêvent de ce qu’ils pourraient vraiment devenir ! Une chose est certaine : Quand on comprend le « pourquoi » de sa vie, on s’accommode à peu près de tous les « comment » même de la vieillesse. Cette réalité montre que trouver sa vocation à toutes les étapes de notre vie est plus important que d’attendre d’éventuelles consolations ou compensations. Toucher passivement sa retraite, consommer sans produire, survivre plutôt que vivre, ne sont pas des vocations mais des prisons et la prison fait vieillir car elle use plus vite que la Liberté !

En période de doute ou d’incertitude, nous avons parfois tendance à nous rassurer

Par nostalgie ou par utopie, n’est-ce pas un des symptômes les plus courants de la vieillesse que de fantasmer le bon vieux temps ou de refaire un monde qui n’existera plus …Pour aller au-delà de l’utopie ou de la nostalgie et donc continuer son cheminement dans le réel tel qui est et tel qui vient, vieillir positivement c’est apprendre à aller au-delà de ses émotions, réactions sensibles et incontrôlées, pour tendre vers une vraie sensibilité c’est-à-dire une réelle capacité à ressentir les choses pour mieux les appréhender. En suivant ce cheminement, vieillir libère plus qu’il emprisonne. La liberté est au cœur de la marche de la Vie et de l’Esprit. En effet, toute l’histoire humaine se résume à vouloir libérer l’Homme de quelque chose. Successivement, l’humanité a combattu sa propre vieillesse en tentant de libérer l’Homme de la religion par la raison, de la nature par la culture, des tyrans par la démocratie, des inégalités par la justice sociale…mais elle n’a pas encore réussi à libérer l’´Homme de l’Homme et c’est certainement pour cela que nous vieillissons vite, trop vite en tout cas… pour continuer ainsi encore très longtemps ! Chacun à notre niveau, il est temps à présent d’accepter pour avancer plus utilement et moins futilement que le monde n’est pas ce que l’on nous dit mais il est d’abord ce que je vis. Voilà une aide pragmatique pour toutes celles et tous ceux qui souhaitent vieillir le plus tardivement possible !

Mais alors, comment bien vieillir sans compter sur une sérénité préfabriquée ?

La réponse à cette question convoque la notion d’accomplissement personnel et intérieur à laquelle nous avions tenté d’échapper (car trop exigeante) en s’inventant des idéologies collectives et largement extérieures à nos vies. Un accomplissement cohérent nécessite en réalité une mémoire qui nous porte, une intention qui nous guide et une active conscience pour établir au présent un pont entre notre passé et notre avenir. Bien vieillir est donc comme un jeu à trois dont l’objectif est de tendre vers la cohérence. Mais qu’est que la cohérence ? La cohérence est cette quête personnelle nous permettant d’accéder à une certaine fluidité, source intarissable de sérénité. Mais pourquoi cette fluidité nous rend-elle si serein ? Tout simplement parce qu’elle nous permet de tout « déduire » plutôt que de tout « retenir » et quand tout coule et tout baigne, on vieillit à l’évidence moins vite que quand tout est à lourd à porter et à supporter.

Dit autrement, bien vieillir, c’est devenir un sage !

Un sage nous y voilà ! En effet, si vieillir devait avoir une vocation, devenir un sage serait peut-être la plus noble des vocations. Quand on a plus de soixante ans aujourd’hui, on a passé la plus grande partie de sa vie dans un modèle économique nous poussant à nous consumer pour consommer. C’est dire notre niveau de contamination et de dégradation. Mais comment éviter de trop nous cramer pour juste flamber et donc éviter un vieillissement bien trop précoce ? Certainement en devenant un sage le plus tôt possible ! Mais à quoi reconnait-on un Sage ? A sa capacité de construire une qualité de vie durable sans utopie ni nostalgie. Le secret d’un sage au fond est peut-être de devenir (relativement) indifférent aux regards des autres. On s’approche de la sagesse en tendant vers le réel tel qui l’est et tel qu’il va sans encombrement idéologique, sans tension inutile dans ses relations avec les autres et avec une efficience optimale dans ses activités. Dans une époque de changement, ce que l’on devient est encore plus précieux que ce que l’on a ou que ce que l’on est.  Quel que soit son âge, pour être exaltante, sa raison d’exister ne peut être ni trop raisonnable car nous avons tous besoin d’une part d’audace, de rébellion ou d’aventure ni trop raisonnée car nous avons tous besoin de quelque chose qui nous dépasse et nous transcende. Profiter de ce que l’on a déjà, construire une vie à son image sans se travestir et devenir réellement ce que je suis déjà potentiellement, voilà au fond les trois piliers de l’état d’esprit d’un sage. Un sage sait se contenter de ce qu’il est, de ce qu’il fait et de qu’il devient parce ce qu’il a, ce qu’il fait et ce qu’il devient est pour lui trois formes de paix complémentaires.

Bien vieillir est sans aucun doute cette capacité de se contenter (au sens d’être content)

A l’inverse, mal vieillir c’est vivre une vie dénuée de sens : ni signification, ni direction, ni sensation ! Pour éviter ce dramatique échec, il est nécessaire de se donner encore et toujours du cœur à l’ouvrage en retenant ce petit adage « mieux vaut être en travaux plutôt qu’un produit fini ». Le propre d’une idéologie est de produire les idées qui lui conviennent même si ses idées son contre nature par rapport au réel tel qu’il est et tel qu’il va. La retraite, symbole d’une vieillesse heureuse, a été une idéologie phare du vingtième siècle. Elle fournissait à une époque marquée par deux guerre mondiales successives, une formidable promesse pour accompagner la dernière partie de notre vie. Oui mais voilà, cela fait maintenant trop longtemps que l’on consomme plus que l’on produit avec les inévitables dettes qui vont avec cette insoutenable logique. Aujourd’hui, l’accumulation de ces dettes financières, écologiques et morales vis à vis des générations futures fera que, très vite, la parenthèse « retraite dorée » se refermera. Il sera alors incontournable de bien vieillir. Redisons-le, la caractéristique du vivant est de se transformer. Alors que nous sommes devant des défis nous imposant de tout transformer pour tout réinventer, il est navrant de constater que collectivement nous commençons le plus souvent à transformer la seule chose qui ne se transforme pas : le passé ! En ce sens, nous sommes collectivement vieux donc en danger.

Pour conclure

Ce vieillissement collectif précoce et très handicapant pour l’avenir est d’autant plus paradoxal que certains idéaux en vogue, tel le transhumanisme, nous promettent la mort de la mort. Ce paradoxe est bien la démonstration qu’aucune prothèses technologiques extérieures ne viendra compenser la perte de notre Ame c’est-à-dire la perte de ce qui nous anime. Si nous avons perdu notre âme c’est que nous sommes devenus des esclaves du modèle que nous refusons d’achever. Le modèle du toujours plus, toujours plus vite. Plus et plus vite pour faire quoi ? Nietzsche disait : « Celui qui ne dispose pas des deux tiers de sa journée pour lui-même est un esclave » Qui aujourd’hui consacre les deux tiers de sa journée à s’accomplir ? Les jeunes à l’école ?  Non, cette institution ne prépare plus nos enfants au monde demain. Les adultes en âge de travailler ? Non plus, le nombre de soumis est beaucoup trop important en particulier dans la population des salariés où le marché du travail recherche plus des wagons que des locomotives.  Nos retraités ? Pas sûr non plus qu’ils ne soient pas esclaves car malgré qu’ils occupent un temps plein en temps libre, la plupart d’entre eux gâchent tristement ce trésor de vie en futilité, en ennui ou en jeunisme déplacé…Terminons en répétant ce que l’époque nous impose ! Il vaut mieux être travaux qu’un produit fini ! Cette attitude déplace complètement les frontières de la vieillesse en la rendant presque indépendant de notre âge administratif ! Être et devenir bricoleur de sa vie en ayant toujours à l’esprit la liste des travaux à réaliser pour s’ajuster au réel, voilà la vraie recette pour bien vieillir collectivement et individuellement.            

*Extraits du livre « Qu’est ce qui arrive à la vieillesse ? » paru aux Editions Laurence Massaro

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