L’incubateur épisode 3

L’incubateur épisode 3

Du concept au précepte : le management de nos vies change de voie

Quelle que soit l’époque, il y a ceux qui sont « hors du temps » et puis il y a ceux qui trouvent l’ « or du temps » c’est-à-dire ce qui fait nouvellement sens. C’est souvent de ces chercheurs de pépites qu’émerge le nouvel ordre des choses. Paradoxalement, cet « or du temps » peut parfois être ce petit rien qui change presque tout, un peu comme ce catalyseur en chimie favorisant et facilitant les réactions. Transposé dans notre contexte sociétal, le catalyseur de l’époque postmoderne qui émerge sous nos yeux, semble être le retour du précepte. Concept et précepte, voilà deux mots illustrant deux notions bien différentes. A l’opposé des concepts pondus par les gens d’en haut, les préceptes émergent des « bricolages » et des « ajustements » vécus par les gens d’en bas. Alors que le concept utilise une idéologie surplombante extraite du réel, le précepte utilise une réalité bien ancrée dans le réel. Le concept c’est la voie (artificielle ?) de la démonstration. Le précepte c’est la voie (naturelle ?) de l’expérimentation. A l’évidence, il y a entre concept et précepte, un changement de canal, un changement de méthode, un changement de sagesse. Tous ces changements officieux, souterrains, progressifs sont la source, dans nos vies de tous les jours, d’une harmonie conflictuelle et d’un équilibre antagoniste qui nous ballotent et nous secouent entre les discours élitistes et les « réalités » populistes.

Ce management du changement nous rappelle que la vérité n’est pas éternelle mais éphémère

Une des raisons de cette translation du concept au précepte est la prise de conscience dans la société (plus que dans les entreprises ?) du caractère approximatif des grandes vérités. Tout se passe aujourd’hui comme si le dogme devait s’incliner devant l’évidence tant il est vrai qu’à l’épreuve des faits, la vérité n’est pas éternelle mais seulement éphémère car tributaire d’une époque donnée. Cette (re)découverte de la nature des choses redéfinira en profondeur les qualités attendues des leaders de demain. Guider demain signifiera avant tout être un défricheur pour faire ressortir l’ « opérant » au cœur même de ce qui restera encore apparent. Cette habilité demandera une sensibilité puisant dans ce qui est vécu (l’expérience), une énergie vitale capable de renouveler et ré-enchanter ce qui est perçu (la vision). C’est à ce prix que l’on sortira du concept (ce machin qui enclot une vérité artificielle et usée), pour aller vers le précepte (cet autre machin qui saisit et attrape la vérité naturelle et régénérée du moment).

Le management du changement est l’art de mettre en perspective la vérité

Cette translation du concept au précepte sera aussi facilitée par l’usure des dogmes assénés par une certaine « intelligencia » qui, à l’évidence, débite des vérités devenues erreurs. La griffe des déchiffreurs de demain sera, dans bien des cas, de savoir organiser le nouvel ordre des choses en reconnaissant le caractère éphémère et relatif de la vérité dans une économie globalisée, généralisée, mondialisée et mutualisée. C’est grâce à cette agilité de pensée face à la vérité que nous pourrons réconcilier performance quantitative et contribution qualitative, reconnaissance individuelle et intégration collective ou encore savoir et expérience. Par son art du précepte, le guide de demain construira une passerelle entre théorie et pratique par un long malaxage expérimental et pédagogique. C’est certainement à travers ce pont entre science et expérience que l’on parviendra à faire (de nouveau) le joint entre concept et précepte.

Le management de la complexité repose sur des phénomènes synergiques

Chacun, plus ou moins intuitivement, le ressent dans sa vie personnelle comme professionnelle : Une inversion de polarité est nécessaire pour affronter les nouvelles vérités du moment. Si le mécanisme de réduction (au sens d’une vérité étriquée) fut le grand principe de l’époque moderne qui s’achève, osons prédire qu’un mécanisme d’amplification (au sens d’une expérience augmentée) sera le grand principe de l’époque postmoderne. Comment passe-t-on de la réduction à l’amplification ? En complétant les vertus de la rationalité par les vertus de la sensibilité pour arriver à une raison sensible capable de détecter et de renifler l’ère du temps. Toute la complexité de notre époque est dans l’interaction entre rationalité et sensibilité. C’est sur ce phénomène synergique, entre raison pure et sensibilité exacerbée, qu’émergera une nouvelle mise à jour d’Homo Sapiens : Une mise à jour capable de dépasser et de transcender les limites et les impasses actuelles.

Le management de nos vies retrouvera le prix des choses sans prix

Tout ne s’achète pas même quand on est économiquement puissant. La raison sensible fait partie de ces choses-là. A force de tout acheter, on avait oublié la valeur des choses. La nécessité de retrouver une raison sensible nous rappelle le prix des choses qui ne s’achètent nulle part. Ne cherchez pas de distributeur de raison sensible. Il n’en n’existe pas ! La raison sensible est une émergence. Une émergence de notre nature et de notre culture. Elle mêle donc vision et action, ombre et lumière, ambition et humilité, essence et existence…en étant à chaque fois, ni l’un ni l’autre, mais toujours plus que l’une et l’autre dissociées. Chacun sait qu’il existe de nombreux distributeurs de raison (les fameux donneurs de leçons) et de nombreux distributeurs de sensibilité (la dictature des émotions est là pour nous le rappeler). En revanche, il n’existe pas de distributeur de raison sensible car les distributeurs ne crachent jamais ni alchimie ni émergence.

Management de demain ou comment trouver l’harmonie entre le sérieux et le furieux ?

C’est parfois un vrai soulagement de reconnaitre que les choses deviennent complexes et qu’elles ne peuvent donc plus être mécaniquement traitées soit par la raison soit par la sensibilité mais seulement par une alchimie plus ou moins complexe entre les deux. La transformation en règle de ce qui était mais qui n’est plus, doit appeler chacun de nous à un nouvel élan vital pour faire recoller la nature des choses et la culture des hommes. C’est cela au fond le défi de la raison sensible : Trouver l’harmonie entre le sérieux et le furieux : Le sérieux pour rester les pieds sur terre, le furieux pour garder la tête dans les étoiles !

Rdv le mois prochain pour un nouvel épisode de notre incubateur…