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Entreprise, je t’aime moi non plus !

samedi 30 août 2014

Entreprise, je t’aime moi non plus !

management postmoderne

Ambivalence, j’hésite

Le général de Gaulle disait des français qu’ils avaient « la passion de l’égalité et le goût des privilèges ». Cette ambivalence se retrouve dans le rapport que nous entretenons avec nos entreprises. Il existe entre les français et leurs entreprises un sentiment se situant quelque part entre attraction et répulsion, une sorte d’harmonie conflictuelle. Notons d’ailleurs que chaque fois qu’une étude est menée sur l’entreprise idéale, en particulier au niveau des jeunes générations, les résultats sont toujours paradoxaux. A titre d’exemple, une récente publication sur ce sujet démontre que les futurs actifs souhaitent intégrer une entreprise locale agissant globalement avec une flexibilité au niveau du lieu de travail sans tomber dans le pur télétravail et bien entendu échanger avec des managers très relationnels et très ouverts mais tout de même organisés et structurés. C’est vraisemblablement à l’intérieur de ces zones de frottements que s’élaborent les formes d’entreprises les plus attractives pour les talents de demain. Loin d’être des organismes figés, on sent bien que les organisations de demain seront des incubateurs extrêmes souples et flexibles qui rechercheront, en permanence et par tâtonnement, les voies de passage du « ou » au « et ». En ce sens, l’entreprise de demain se positionnera en formidable catalyseur, accélérateur ou encore amplificateur de phénomènes observés dans la société au sens large.

Sens et croissance postmoderne

En effet, ce passage du « ou » au « et » semble être une caractéristique de la passerelle entre le monde moderne et postmoderne. Loin d’être ni monolithiques ni homogènes, les entreprises sont devenues des organisations humaines profondément diverses et traversées par des tensions contradictoires. Au sein de chaque entreprise, il peut exister aujourd’hui des espaces-temps différents pouvant se succéder rapidement et nécessitant parfois des actions différenciées voir même contradictoires. Les managers sont alors soumis et exposés à une nécessaire harmonie entre dilemmes et paradoxes et se transformant en une véritable force d’interposition entre des contextes d’entreprise toujours plus complexes et des équipes toujours plus déroutées et ébranlées par ces contextes. Parions que cette capacité d’interposition en situation complexe qui fera la légitimité et la crédibilité du manager de demain. Cette force d’interposition managériale est d’autant plus précieuse que quel que soit le contexte ou la conjoncture, le besoin de management existe. Ce qui change, en revanche, ce sont les registres sur lesquels le manager doit se caler pour que le management soit perçu comme pertinent, cohérent et consistant.

L’entreprise postmoderne sera à ce titre un lieu en perpétuel mouvement, construit autour de ligne de tension et capable de résoudre des zones de frottements entre des oppositions dialectiques traversant la société au sens large. Quatre oppositions parfois brutales, violentes et déstabilisantes se retrouvent au cœur des tensions quotidiennes et concentrent tous les grands défis que doit affronter l’entreprise et ses managers pour fabriquer dans les années à venir du sens et de la croissance. Expliquons-nous.

1er opposition : Temps planifié – Temps synchronisé : L’activité des entreprises s’inscrit dans une temporalité qui se contracte. Il serait difficile de le nier. Il y a quelques années, les entreprises enterraient ses salariés. Aujourd’hui c’est bien souvent l’inverse! La financiarisation de l’économie ne s’accorde guère avec les stratégies à long terme et à imposer des modes de management et de communication parfois néfaste. Parfois le slogan pourrait être : On veut du long terme tout de suite ! Pour avoir du long terme tout de suite, demandons-nous toujours avant d’agir si nous sommes :

  • dans un temps accéléré, c’est à dire un temps dans lequel nous avons de la visibilité et un cap parfaitement fixé. Dans ce cas, concentrons-nous sur l’accélération des rythmes et des cadences.
  • dans un temps saturé, c’est-à-dire un temps dans lequel nous avons trop de choses à faire en même temps. Dans ce cas, concentrons-nous sur les choix à faire.
  • Dans un temps compressé, c’est-à-dire un temps dans lequel nous n’avons plus de passé et pas encore d’avenir. Dans ce cas, concentrons-nous sur la définition d’un nouveau cap, d’une nouvelle destination et d’un nouveau chemin

C’est peut être en décomposant l’espace-temps de cette manière que nous pourrons avoir une chance de transcender et de dépasser les potentielles tensions entre cour terme et long terme. Une chose est certaine. L’entreprise d’hier planifiait son espace-temps. L’entreprise de demain synchronisera son espace temps.

MPM

2ème opposition : Modèle industriel – Modèle artisanal : le sens et la croissance de demain dépendront de l’émergence d’un nouveau modèle économique basé sur la valeur d’usage (à quoi ça sert ?) au dépend de la valeur d’échange (combien ça vaut ?). Ce nouveau modèle économique, plus artisanal qu’industriel donc, sera certainement celui du vrai nécessaire, celui de l’achat utile, celui de la qualité durable. Le référentiel du modèle industriel fut l’Argent, le Progrès et l’Abondance. Le référentiel du modèle artisanal sera l’autonomie, la créativité et la responsabilité. Une des traductions de cette mutation sera le passage à une logique entrepreneuriale basée sur la création de réseaux de compétences venant collectivement dépasser et transcender le salariat individuel pur et dur. Cette logique artisanale émergera d’entreprises mutantes qui passeront d’une logique autocentrée et conquérante du style « nous voulons être les meilleurs du monde » à une logique plus sociétale et coopératrice du style « nous voulons être meilleur pour le monde ». Des pratiques existent, méconnues, inexploitées comme le mécénat de compétences qui permet d’accroitre sa visibilité et son influence au sein de son écosystème territorial avec des partenaires du “cru” venus d’un monde soi disant “éloigné” du monde de l’entreprise mais à forte valeur ajoutée: les associations, les fondations, les organismes d’intérêt général ou les fondations. Faire du sur mesure sur son territoire avec de nouveaux partenaires est une forte tendance #RH pour les salariés en quête de sens.

3ème opposition : Organisation pyramidale / Organisation réticulée : L’entreprise est un univers de pouvoir. Longtemps, elle a donc été ce lieu clos où le secret était la norme dans des systèmes pyramidaux aussi rigides que fermés. Mais l’entreprise est aussi et de plus en plus en plus un acteur social et vivre en société c’est s’ouvrir à l’autre, nouer des liens, donner sa confiance à travers des systèmes réticulés souples et ouverts. La tension entre ouverture et repli, partage et exclusivité, communication et opacité traverse donc l’entreprise dans toutes ses dimensions. Sous l’effet de l’exigence de transparence exacerbée par les nouvelles technologies, même les plus secrètes ont du s’ouvrir pour ne pas mourir. Plutôt que de vouloir tout contrôler et rester fermé sur soi même, il devient aujourd’hui plus astucieux de se demander comment tirer parti de ce qui « fuitera ». Dans un monde hyper-connecté, dans lequel il est illusoire de tout contrôler, une chose est certaine : La réputation d’être un bon partenaire fait de votre entreprise un allié recherché. Cette nécessité d’ « ouverture maitrisée » suppose de valoriser les collaborateurs qui font du partage d’information une source d’influence plutôt que ceux qui font de la rétention une source de pouvoir individuel.

4ème opposition : Intention individuelle – Intention collective : L’entreprise est le plus souvent un projet collectif qui doit créer de la valeur pour les autres et en même temps, la réussite de ce projet collectif repose sur la qualité de l’expression, de la présence et de l’action d’individualités. La tension entre individuel et collectif est donc consubstantiel à l’idée même d’entreprise. Pour qu’il y ait résonance entre l’engagement individuel de chacun et le projet collectif, il faut qu’il y ait convergence et cohérence des décisions et des actions individuelles avec l’intention collective. Chacun des membres de l’entreprise a ses propres intentions personnelles qui ne regardent que lui, c’est évident. Mais au-delà, il est indispensable de savoir et d’exprimer clairement ce qui rassemble les membres de l’entreprise, ce qui définit le sens de leur aventure commune. Plus cette clarté sera grande, plus l’entreprise sera cohérente, consistante et forte par « contagion d’enthousiasme et de passion ». L’action collective, c’est ce qui donne un sens, une noblesse et une âme à l’entreprise. Pour rentrer dans le management postmoderne, un choix est à faire : Soit le manager prend le risque de divergences grandissantes entre les intentions individuelles par absence ou faiblesse d’intention commune claire, soit il prend le risque de mettre la question de l’intention collective sur le tapis quitte à voir certains membres de sa tribu se désolidariser de l’intention commune. Dans les deux cas, le risque est important et se ramène, en somme, à un risque d’éventuelle désynchronisation entre effort personnel et impact collectif. Parions que l’entreprise attractive de demain sera celle qui répondra à un besoin individuel de reconnaissance et à une envie collective d’appartenance.

L’entreprise postmoderne: demain est entre nos mains.

management des enfants du postmoderne

La mutation de notre paradigme socioéconomique s’accélère chaque jour un peu plus. Les transformations à opérer sont complexes. Les tensions inévitables et les paradoxes sont souvent au rendez vous. Les choix effectués par les dirigeants et les managers seront plus que jamais déterminants pour obtenir un alignement devenu nécessaire entre impératifs économiques, attentes sociétales et qualité de vie personnelle et professionnelle. A nous donc d’inventer maintenant notre propre chemin pour résoudre les tensions et les contractions qui nous attendent.

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