Le progrès

C’est quand tout va mal (ou presque)…que nous devons repenser la notion de progrès

Une société lassée, désabusée, divisée et fatiguée…mais par quoi au juste ?

Le Progrès au fond se résume souvent dans une tentative de libérer l’Homme de ses principales contraintes. Quand on se repasse le film, on constate ainsi que le XXème siècle a tenté de libérer l’Homme de Dieu par la laïcité, de la fatigue par la technologie, de la réalité par l’idéologie, des inégalités par la justice sociale, du risque par le principe de précaution, de l’ennui par le ludique et le divertissement. Sans nier les aspects positifs de ces tentatives de libéralisation, nous sentons bien que cette logique de progrès s’essouffle et nous étouffe. Au moins depuis la renaissance, la religion « moderniste » postulait que le progrès scientifique entraînerait le progrès technique qui entraînerait le progrès économique qui entraînerait le progrès social qui entraînerait le progrès éthique. Quelques siècles après, le résultat des courses est plus nuancé dirons-nous. Nous vivons en effet aujourd’hui à la fois dans une « société de la peur » et dans une « société du progrès ». Est-ce à dire que le progrès ne nous protège plus ou ne nous éclaire plus ?

Entre progrès et regrets, mon cœur balance

La réponse doit être nuancée en rappelant, que de tout temps, ce n’est pas la roue qui a fait avancer l’humanité. C’est l’usage que l’on en a fait. Le progrès est comme la technique, il n’est ni bon ni mauvais, il dépend de ce que l’on en fait. Cette réalité pose donc très simplement une question cruciale et toujours d’actualité : Le progrès pour quoi faire ? Cette question est d’autant plus légitime lorsque l’on constate :

  • Qu’à l’allongement de la durée de vie répond une certaine tristesse de la vie
  • Qu’au règne de la quantité répond la perte de qualité
  • Qu’à la montée des richesses matérielles répond une certaine misère existentielle (notre vie se vide de sens)
  • Qu’à l’hypertrophie technique répond une certaine atrophie humaine (chômage, homme dépassé, revenu universel…)
  • Qu’à l’inflation de justice sociale répond des inegalités toujours plus grandes
  • Qu’à la multiplication des plaisirs artificielles répond une éradication bien réelle de la joie de vivre

Une société très idéologisée mais un peu fragilisée ?

Face à ces constats vécu dans leur chair par la majorité de nos concitoyens, la notion de progrès commence à être remise en cause. A rebours des années folles, cette remise en cause engendre une époque où la tradition rassure alors que le progrès commence à faire peur. Cela ne veut pas dire que c’était mieux avant. Cela veut juste dire qu’il devient impératif de se remémorer que le progrès aussi est tout relatif. Pour les conservateurs, le progrès c’est quand l’avenir ressemble au passé. Pour les plus pragmatiques, le progrès c’est quand l’avenir est la même chose que le passé mais avec quelque chose en plus. Pour les idéalistes, le progrès c’est quand l’avenir est radicalement différent du passé et du présent. Notons qu’il y a tout de même un point commun à ses trois conceptions du progrès : Elles reposent toutes sur des croyances…C’est même pour cela qu’elles sont toutes des idéologies ! Idéologie, voilà peut-être le mot clé sur lequel nous devons nous réinterroger s’il l’on veut que le progrès soit à notre service et non l’inverse. Bien sûr, il n’est pas question ici de remettre en question la marche en avant du progrès et les nombreux avantages qu’il a apporté et qu’il apportera encore. Il s’agit plutôt de s’interroger sur le cadre dans lequel le progrès a été pensé pour mieux le renouveler et l’adapter à notre époque.

En effet, depuis les grandes révolutions industrielles, le progrès était lié à l’idée que demain sera mieux qu’aujourd’hui quantitativement parlant grâce à la fameuse croissance. Cette notion de quantité explique la raison pour laquelle tout se mesure, tout se pèse, tout se compare…Le progrès de demain devra faire avec une autre croissance pour tenir compte des défis écologiques, de la raréfaction de toutes les ressources non renouvelables, du réchauffement climatiques et de l’explosion démographique de ces cent dernières années. A l’évidence, il devient vital de redéfinir l’idée de progrès en disant que demain sera mieux qu’aujourd’hui qualitativement parlant. Cette notion de qualité sera la raison pour laquelle tout devra s’apprécier sans forcément se mesurer, se peser ou se comparer. Le XXIème devra être un siècle qualitatif s’il ne veut pas être le siècle de trop pour l’ensemble de l’humanité.

Et si on essayait la voie du Moins Mais Mieux !

Pour la notion de progrès comme pour d’autres, passer d’une approche quantitative à une approche qualitative nécessite de bien comprendre l’adage :  Moins Mais Mieux ! Consommer moins de progrès mais le consommer mieux, voilà certainement le profond changement d’état d’esprit sur lequel nous devrons travailler individuellement et collectivement dans les décennies à venir. Traditionnellement ces réflexions divisent les progressistes et les conservateurs mais quand on doit changer de paradigme tout cela vole en éclat car la tradition et le progrès doivent fusionner pour inventer autre chose ! En 2020, nous en sommes (presque) à ce moment-là ! En effet, nous vivons une époque où pas mal de choses ont besoin de s’effondrer pour se reconstruire et se réinventer…Cela a toujours existé et s’appelle la destruction créatrice. Dans une telle période, les pires ennemis du progrès sont ceux qui souhaitent profiter de l’effondrement (les charognards de tout bord) et ceux qui ont tout à perdre dans l’effondrement (les profiteurs du système qui s’accrochent à leurs privilèges).

Comment appréhender de nouveau positivement la notion de progrès ?

C’est donc aux bâtisseurs de combattre à la fois les charognards et les profiteurs en commençant par rappeler haut et fort ceci : La technologie doit amplifier l’humain mais ni le remplacer, ni le soumettre, ni l’hypnotiser, ni le tétaniser. La technologie n’est ni bonne ni mauvaise, elle dépend de ce que l’on en fait. Face aux immenses défis qui nous attendent et qui ont été rappelé plus haut, le progrès ne peut plus se contenter d’être une peinture que l’on plaque sur le mur avec les technologies du moment. Economiquement, la caractéristique de notre époque est la cohabitation de puissants moyens de production (de biens et de services en tout genre) générant une faible production de débouchés pour les jeunes et d’emplois pour tous. C’est dans ce décalage vécu et subi par un nombre croissant de personnes que se situe la guerre larvée entre progrès et humanisme. Les fondations d’une époque se trouvent parfois bien plus dans les traditions que dans les innovations. Alors faisons attention que le progrès ne nous plaque au mur ou ne nous mène pas dans le mur en martelant : le progrès oui bien sûr… mais le progrès pour quoi faire ?

Pour conclure rappelons ce fait

Au XX siècle, on nous a promis que la technologie allait nous soulager des taches les plus difficiles. En réalité, on a jamais été aussi lassé voire même fatigué. Au XXI siècle, on nous promet que la technologie va nous augmenter. Mais quelle sera la réalité cette fois ci ? Pour que cette fois ci la surprise soit plus agreable, esquissons une raison d’etre pour le progrès pour nos enfants et petits-enfants : Le progrès doit se remettre dans les décennies à venir au service de ce qui est sacré. En effet, ce qui s’efface le plus dans les « périodes chaotiques » c’est le Sacré. Quand plus rien n’est sacré, plus rien n’est respecté ! Ce déficit du sacré est le reflet des doutes et des troubles qui submergent la fin de notre époque.