Progrès et Liberté : Mise en perspective dans notre techno-société d’aujourd’hui

Progrès et Liberté : Mise en perspective dans notre techno-société d’aujourd’hui

Pour commencer, ne confondons pas libération et liberté !

Le Progrès, au fond, se résume souvent dans une tentative de libérer l’Homme de ses principales contraintes. Quand on se repasse le film, on constate ainsi que l’histoire a tenté de libérer l’Homme de Dieu par la science, de la fatigue par la technologie, de la réalité par l’idéologie, des inégalités par la justice sociale, du risque par le principe de précaution et bientôt du travail par le revenu universel. Malgré ces nombreuses tentatives de libéralisation, il semble aujourd’hui que nous soyons toujours aussi enchainés. Décidemment, il est urgent de ne pas confondre libération (venue des autres) et liberté qui toujours prend sa source au fond de soi.Au final, tout se passe comme si on pouvait tous proclamer en cœur : « Le progrès oui bien sûr, mais pour quoi faire au juste ? »

Le progrès est peut-être en train de changer d’étalon de mesure

Depuis les grandes révolutions industrielles, le progrès (au moins d’un point de vue économique et social) était lié à l’idée que demain sera mieux qu’aujourd’hui quantitativement. Pour mesurer cette marche en avant, la mesure de la croissance était au cœur du système. Cette notion de quantité explique la raison pour laquelle, encore à l’heure actuelle, tout se mesure, tout se pèse, tout se compare. Mais tout passe, tout lasse et tout casse et on commence à percevoir que les arbres ne pourront pas monter au ciel. Le PIB par habitant est plutôt décroissant et l’activité humaine menace les grands équilibres écologiques. Ce double constat nous amène progressivement à redéfinir l’idée de progrès en disant que si demain devait être mieux qu’aujourd’hui, ce ne serait pas quantitativement parlant mais qualitativement parlant. Cette notion de qualité sera la raison pour laquelle tout devra, dès demain, s’apprécier sans forcément se mesurer, se peser ou se comparer…

La techno-société en construction a besoin d’une nouvelle éthique

Réussir cette transition sociétale entre quantité et qualité pose en pratique des défis énormes. On ne change pas une culture en quelques clics y compris à l’ère de la digitalisation. Avec l’accélération des nouvelles technologies, l’écart se creuse de nouveau entre les initiés et les non-initiés. Alors que certains proclament que la technologie va tout résoudre, les faits démontrent que  nous nous dirigeons vers une techno-société à deux vitesses. Lancée dans une course folle, la techno-société fait émerger une caste d’élite, maître du progrès, tandis que ce tient au bord de la route les esclaves du numérique où l’Homme a été remplacé ou « mis sous tutelle » par la machine. Pour que le progrès ne dérape pas une nouvelle fosi, il est urgent que les élites politiques et économiques, exploitant cyniquement ces nouvelles technologies pour leurs seuls profits, soient concurrencées par une nouvelle forme d’élite visant l’accomplissement de l’Homme à travers les révolutions technologiques à venir. La transition entre le progrès quantitatif et le progrès qualitatif a vitalement besoin de ce regain d’humanisme. La liberté individuelle de chacun de réellement jouir du progrès collectif passe obligatoirement par cette révolution éthique.

Il y a bel et bien une guerre larvée entre progrès, liberté et humanisme

Tout le monde connait l’expression « être libre comme l’air ! ». Pour tous ceux qui aspire à cette liberté, il est intéressant de remarquer qu’on ne peut pas accaparer, accumuler, posséder ou encore dominer l’air (ou alors dans de très petites quantités). Cette remarque physiologique explique une réalité oubliée de notre époque où l’abondance (grâce au progrès !) règne : La liberté, la vraie, passe en réalité par une culture de la simplicité, de la frugalité, de la légèreté, du minimalisme, du désencombrement, de l’épurement et ce quelque que soit les progrès de la technique. Economiquement, la caractéristique de notre époque est la cohabitation de puissants moyens de production (de biens et de services en tout genre) générant une faible production de débouchés professionnels pour les jeunes et les seniors. C’est dans ce décalage vécu et subi par un nombre croissant de personnes que se situe la guerre larvée entre progrès, liberté et humanisme.

Le progrès et ses nouvelles technologies ne sont pas forcément synonymes de joie de vivre

L’histoire a démontré que pour rester soudée une société a besoin de répondre à cette question « Sur quel plan sommes nous tous égaux ? ». En effet, même si nous sommes tous différents, nous avons collectivement besoin d’être tous considérés de la mème façon par rapport à une valeur consensuelle. Si « L’égalité des chances » est un mythe compte tenu de nos différences (physiques, intellectuelles, matérielles…etc.), « l’égalité d’avoir de la chance » est en revanche un objectif atteignable. Pour vivre pleinement sa vie, une des plus grandes difficultés est peut-être de réaliser un subtil dosage entre liberté et progrès ! Beaucoup de gens cherchent souvent (en vain) la clé du bonheur dans le progrès ou le plaisir en oubliant de pousser la porte de la joie de vivre qui elle n’est jamais vraiment reliée ni au progrès ni aux nouvelles technologies !

Les gens heureux de demain réconcilieront progrès et liberté

La caractéristique de notre époque est de nous offrir, dans le même temps, un progrès technologique jamais égalé et un potentiel danger de restriction de nos libertés en partie dû à ce progrès. Cette dichotomie entre progrès et liberté se déclinera sur plusieurs aspects très pratiques de notre vie au quotidien. Il devient presque évident qu’il nous faudra, dans un proche avenir répondre aux questions suivantes :  

  1. Comment rester libre de « consommer » ce que je veux en profitant à fond d’une pleine santé physique et mentale
  2. Comment rester libre de choisir un job attractif sans être exclu du marché de l’emploi par les sauts du progrès ?
  3. Comment rester libre de penser ce que je veux en échappant à la pensée unique du progrès
  4. Etc.…

Il est probable que celles et ceux qui bricoleront au mieux leur vie pour rester libre malgré le progrès seront les « happypeople » de demain !

Liberté et Progrès : L’idée n’est pas de choisir mais de composer

Dans une époque qui parfois souhaite fuir toute forme d’autorité pour gagner sa liberté, rappelons ceci : Être libre peut signifier s’affranchir de toute autorité…mais s’affranchir de toute autorité c’est aussi vouloir s’affranchir de toutes contraintes. Et pourtant la liberté, la vraie, nécessite au moins une contrainte : celle de choisir ! Pour garder sa liberté, le prochain choix à faire sera vraisemblablement le suivant : Quel progrès choisir et pour quoi faire ? Pour se motiver à répondre pour soi-même à cette question, rappelons-nous qu’il n’existe pas de liberté sans faire de vrais choix.