Le travail et nous : En route vers une nouvelle convergence ?

Le travail et nous : En route vers une nouvelle convergence ?

La faillite des institutions a rejailli sur la valeur travail

Hier les institutions se comportaient comme des empires en faisant des valeurs une question morale. Toutes les institutions visaient, en effet, à édifier une morale à travers des valeurs en attribuant, en fonction de leur vocation, une vertu toute particulière à la sagesse, à l’ordre, au salut, au progrès, à la vérité, à la fidélité, à la sécurité…etc. Mais l’écart croissant entre ce qui était affiché et ce qui était vécu (ou perçu) a fragilisé ces « valeurs institutionnelle » avec tous les rejets que l’on connait aujourd’hui (le fameux dégagisme n’est qu’une forme de ce rejet). Cette faillite plus ou moins importante de nos grandes institutions (Etat, Eglise, Partis politiques, Ecole, Famille..Etc.) a inévitablement rejailli sur les entreprises et la valeur travail. Aujourd’hui travailler ne va plus de soi car perdre sa vie à la gagner ne va plus de soi non plus. Dit autrement, le travail n’est plus aujourd’hui une valeur morale et c’est bien pour cela que le travail doit obligatoirement avoir un sens. A partir de ce constat, il parait bien évident que le métier de manager est confronté soit à une mutation profonde pour faire face à sa nouvelle vocation soit à une inutilité profonde si les managers décident de ne rien changer alors que tout a changé !

Tout ce qui se manage se mesure ! Vraiment ?

Même si les signaux d’une nouvelle ère du management se font de plus en plus fort, rappelons qu’aujourd’hui encore, on a l’habitude de dire que ce qui ne se mesure pas, ne se manage pas. Mais existe-t-il, dans l’art du management, des grandeurs quantifiables qui représentent cet art adéquatement ? Pas si sûr, ce qui laisse à penser qu’il doit exister des choses qui se managent et qui ne se mesurent pas. Le sens est un bon exemple de ces choses qui se managent sans se mesurer. En effet, le sens en entreprise, comme ailleurs, ne passe ni par la taille, ni par la quantité ni par le volume de ce que l’on accumule mais par la dynamique, la qualité et la forme de ce que l’on crée. Le sens de la chenille c’est le papillon et rien de mesurable chez la chenille annonce l’émergence du papillon ! A travers les sauts de complexité de notre environnement, des phénomènes identiques se produisent dans les entreprises. Il est temps de comprendre que nous sommes dans une époque d’émergence et que par définition il n’existe pas de valeur étalon annonçant l’arrivée d’une émergence. Nous pouvons l’affirmer sans trop nous tromper : L’art de manager sera de moins en moins l’art de mesurer et de plus en plus l’art de qualifier. Les tendances à venir seront, en management comme ailleurs, au réveil du qualitatif !

Le management doit oublier (un peu) l’important pour se concentrer sur l’essentiel

Si l’essentiel est ce qui fait sens et que l’important est tout le reste, alors en entreprise aussi, le plus difficile est peut-être d’oublier un peu l’important pour mieux discerner l’essentiel. Demain, en tant que manager, s’occuper de l’accomplissement professionnel de ses collaborateurs ne sera pas une action philanthropique. Le travail peut-il être l’essentiel ? Très rarement ! Le travail peut-il être un moyen au service de l’essentiel ? Certainement et c’est même un excellent moyen de lui donner du sens. Rappelons en effet une évidence : Chacun donne généralement beaucoup pour obtenir l’essentiel ! A ce sujet, notons qu’il est parfois surprenant de constater que les personnes servant un projet sont souvent beaucoup plus épanouies que les personnes bénéficiaires d’un projet. Serait-il finalement plus aisé de donner que de recevoir ? Donner serait-il plus noble que de recevoir ? La question reste ouverte mais une chose est certaine : Le management est réussi quand les collaborateurs, qui ne travaillent pas pour le plaisir, rattache leur travail à quelque chose d’essentiel pour eux. Dit autrement, le management est réussi quand la mission favorise et facilite une cause qui dépasse et transcende notre propre travail !

Management de l’accomplissement : quelques pistes

Pourquoi l’accomplissement sera-t-il un des grands focus du management de demain ? Tout simplement parce que accomplissement, sens et travail sont intimement liés. Pour enclencher ce cercle vertueux, le management doit rassembler et dynamiser (créer une dynamique d’équipe) bien plus que diviser ou numéroter (manager un groupe ou des numéros). En effet, dans un groupe, chacun cherche à faire de son mieux. Dans une équipe chacun cherche à ce que l’autre n’échoue pas. Dans un groupe, chacun cherche à donner des ordres à l’autre. Dans une équipe, chacun cherche à donner du sens à tous. Dans un groupe, le responsable prend sur lui la responsabilité de faire fonctionner le groupe (les autres individus ont tendance à s’en décharger). Dans une équipe, la responsabilité du bon fonctionnement appartient à tous. Le responsable n’est que le moteur de la co-responsabilité. Ajoutons que dans un groupe, le travail du responsable s’articule principalement autour de la coordination (qui fait quoi ?). Dans une équipe, le travail s’articule principalement autour de l’intégration (on est ensemble pour quoi faire ?). Toutes ces différences, entre groupe et équipe, sont essentielles pour mettre en place un management de l’accomplissement et récolter ses vertus. Au fond, le plus profond désir de l’homme est souvent d’être au service d’une cause qui le dépasse et le transcende. Sans cette « cause supérieure » à servir et nourrir, l’humain tombe souvent dans le nombrilisme, l’hédonisme, l’égotisme et tous les travers d’un humanisme vide de sens. En revanche, au service d’une cause, l’individu rend l’équipe plus féconde et l’équipe rend l’individu moins fragile. On se sent alors à la fois distingué et intégré et ces deux sentiments sont les deux mamelles de l’accomplissement de chacun !

En management, l’innovation favorise toujours l’accomplissement !

Quand on parle d’accomplissement, deux combinaisons vont de pair : La première est d’admettre l’échec et de récompenser le succès. La deuxième est de jalouser la réussite et refuser la prise de risque. Evidemment, la première combinaison est plus favorable à l’innovation, aux changements et à l’accomplissement que la deuxième qui souvent rigidifie les systèmes, les entreprises et leur management. De Leonard de Vinci à Florence à Steve Jobs en Californie, l’innovation a toujours été une question d’état d’esprit, de climat et d’atmosphère. Pour redevenir un lieu innovant et épanouissant, l’entreprise de demain pourrait être une alliance entre un engagement individuel et une promesse collective ! Le management deviendrait alors aussi une alliance, c’est-à-dire à l’image d’un mariage, un pacte mené avec tact. Le temps d’une refondation du leadership est venu. Le rôle social de l’entreprise devrait être d’abord et avant tout de favoriser l’initiative individuelle au service d’un projet collectif en se rappelant que l’innovation nécessite toujours de créer un peu de désordre dans l’ordre et un peu de déséquilibre dans l’équilibre. C’est en prenant ces deux risques que les choses bougent, interagissent et se confrontent. Etre un manager, c’est d’abord faire confiance aux autres pour s’assumer et prendre leurs responsabilités. Manager demain sera un choix en faveur de l’humain et de son génie. Contrairement aux idées reçues, accepter de se remettre en cause et faire preuve de confiance en soi vont généralement ensemble ! Alors chers managers, n’hésitez pas à changer de point de vue sur le management avec une confiance renouvelée et renforcée dans l’exercice de votre art.