Chef, c’est quoi une entreprise « people-intensive » ?

Chef, c’est quoi une entreprise  « people-intensive » ?

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Même en management, le prix et la valeur sont en train de divorcer !

Partout et en tout le prix et la valeur sont en train de divorcer. Chaque jour, chacun de nous peut faire la constatation suivante : Tout ce qui a un prix n’a pas forcement de valeur. A l’inverse tout ce qui a de la valeur n’a pas forcément de prix ! Combien vaut l’intelligence d’un collaborateur ? Combien vaut la créativité d’un salarié ? Combien vaut une idée géniale surgissant un jour férié en dehors des heures de travail ? Loin d’être des élucubrations, ces question seront au centre des préoccupations de demain pour toutes les entreprises ayant compris que les crises que nous subissons de plein fouet sont les manifestations extérieures d’une logique cachée pouvant se résumer ainsi : nous vivons une mutation économique qui nous fait passer d’une économie « capital intensive » à une économie « people intensive » ! Dans la première économie, le nerf de la guerre c’est le prix et les unités de mesures sont quantitatives et matérielles (cash, profit, hommes, compétences, quantité de travail, durée du travail…). Dans la seconde économie, le nerf de la guerre c’est la valeur et les unités de mesure sont qualitatives et immatérielles (intelligence, créativité, talent, qualité de vie, intensité du travail…)

Dans cette transition, le management a une chance unique pour enfin changer de rôle

Cette mutation en cours de notre paradigme socio-économique renverse, année après année, les logiques de notre vieille économie industrielle et transforme en profondeur les logiques de management du capital humain. Sans que cela soit clairement formalisé ou modélisé, la simple observation montre que l’entreprise capital-intensive a plutôt une logique hiérarchisée, basée sur le salariat, l’uniformisation et la standardisation du capital humain alors que l’entreprise people-intensive entrera plutôt dans une logique réticulée, basée sur l’entreprenariat, la personnalisation et la singularisation du capital humain. Cette nouvelle logique basée sur l’ « artisanalisation » du capital humain répond à un besoin presque vital de changer d’air. Nous sommes, en effet, de plus en plus nombreux à vouloir passer d’une ambition quantitative (amasser plus) à une ambition qualitative (vouloir moins mais mieux). L’enjeu économique de la prochaine décennie pour les entreprises est donc de mobiliser des leviers capables de faire passer l’entreprise d’un modèle capital-intensive déclinant à une culture people-intensive émergente. Evidemment, ce défi nous oblige à réinventer les méthodes, les modèles et les outils de pilotage d’une entreprise pour soutenir cette mutation et redonner au management ses lettres de noblesse.

Entreprise capital-intensive versus entreprise people-intensive : le management comme arbitre ?

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Que signifie en management le changement de logique économique des entreprises décrit ci-dessus ? Sans que n’ayons encore toutes les réponses à cette question, les tendances en cours montrent qu’il influencera en profondeur les finalités même des entreprises et de leur management. Pour les entreprises de demain, ce changement de logique aura comme objectif d’épouser astucieusement les nouveaux leviers de motivation des hommes et des femmes en général et des talents en particuliers pour les attirer et les fidéliser. Les entreprises capital-intensive avaient compris une chose : les salariés recherchaient avant tout la sécurité. Leur management était donc basé sur l’obéissance quitte à se priver de leur engagement. L’entreprise people-intensive comprendra que les talents recherchent et rechercheront avant tout leur liberté et leur accomplissement. En toute logique, ces entreprises d’u nouveau genre préfèreront donc plutôt l’engagement à l’obéissance. Des pactes plus ou moins éphémères mais denses et intenses se substitueront aux longs fleuves tranquille des contrats à durée indéterminée sans que cela soit vécu ni comme un traumatisme, ni comme une injustice sociale et encore moins comme une trahison. Le nomadisme et le tribalisme forgeront les méthodes, modèles et outils régissant ces pactes d’un genre nouveau entre l’entreprise et son capital humain. C’est presque une évidence, encore faut–il l’admettre : Quand les ressorts profonds de la motivation mutent, les méthodes, les modèles et les outils pour trouver, attirer, séduire, former et rémunérer le capital humain doivent muter aussi.

A quoi ressemblera le management d’une entreprise people intensive ?

Pour brosser de manière prospectiviste ce portrait de l’entreprise people-intensive et de ses managers, reprenons six dimensions classiques d’une entreprise et éclairons les avec 6 mots clés caractérisant la marque employeur de ces entreprises

Une entreprise people-intensive aura un Projet tout en Noblesse…

Une noblesse avec une forte capacité de séduction. Cette noblesse et cette séduction se concrétiseront par la capacité de transmettre une vision sublimée du métier de l’entreprise. Du sens, encore du sens, toujours du sens jusqu’à faire converger vocation de l’entreprise et vocation de l’individu. C’est cette convergence entre les deux vocations, orchestrée par les managers, qui séduira les talents et confèrera à leurs engagements dans l’entreprise toute la noblesse qu’ils recherchent. Quand vous servez un projet noble et que vous êtes séduit par le projet, vous vous dépassez, vous vous transcendez, sans jamais souffrir, sans jamais se briser, sans jamais se détruire, sans jamais s’épuiser ou encore sans jamais se torturer.

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Une entreprise people-intensive aura comme unité de mesure de sa performance la fécondité…

Dans l’ère économique à venir ou rien n’est encore écrit, le moteur principal de la performance sera certainement la capacité de créer, d’imaginer ou encore d’innover. L’unité de mesure de cette capacité de création sera la Fécondité: En pratique, la fécondité est la capacité des managers à faire produire des actes, des pensées et des comportements exclusivement au service de l’intention collective pour faire émerger une équipe toujours plus cohérente, toujours plus consistante et toujours plus constante. La fécondité c’est la capacité, orchestrée par les managers, à identifier les gestes clés et actions rentables et à focaliser les énergies sur ces gestes et sur ces actions. Un management toujours plus fécond permet de réveiller les indolents que rien ne touchent, les paresseux que rien ne bougent, les nonchalants que rien ne motivent et les mollassons que rien ne forgent. La fécondité sera une des plus belles signatures des entreprises people-intensive.

Les managers d’une entreprise people-intensive favoriseront et faciliteront l’excellence…

En pratique, l’excellence c’est exploiter et explorer tous nos potentiels de notre dedans et les faire résonner avec toutes les opportunités de notre dehors. Faire résonner notre dedans et notre dehors peut faire émerger de nouvelles idées en reliant des données jamais encore reliées, de nouvelles éthiques en reliant des comportements jamais encore juxtaposés, ou encore de nouveaux réseaux en reliant les hommes et les femmes d’une même tribu. L’excellence ainsi définie est une forme d’initiation offerte par le manager pour développer et maitriser de nouvelles idées, de nouvelles éthiques ou de nouveaux réseaux caractérisant, au-delà des produits et des services proposés, la vraie valeur de l’entreprise people-intensive.

L’écologie de l’entreprise people intensive prônera la frugalité…

En matières de ressources matérielles (et immatérielles d’ailleurs aussi), nous avons depuis quelques années irrémédiablement basculé d’une logique d’abondance (caractérisée par une offre supérieure à la demande) à une logique de pénurie (caractérisée par une offre inferieure à la demande). Pour répondre à cette logique de pénurie, le slogan de l’ère économique à venir sera : Au revoir l’abondance, bonjour la Frugalité ! Tout le monde devra augmenter son niveau d’autonomie 5dans tous les sens du terme) et apprendre à faire beaucoup mieux avec beaucoup moins. Pour une meilleure santé physique et mentale, les managers des entreprises people-intensive devront entrainer leur collaborateurs à faire moins mais mieux c’est-à-dire à travailler moins mais mieux, à recruter moins mais mieux, à communiquer moins mais mieux, à rémunérer moins mais mieux ! Cet art de la frugalité, impulsé par les managers, fera émerger beaucoup de jouissance pour toutes celles et tous ceux qui réussiront à faire beaucoup avec peu avec à la clé un sentiment d’utilité très réconfortant et très énergisant.

Une entreprise people-intensive incarnera une éthique tout en élégance

Après une ère économique marquée par l’uniformisation et la standardisation du management (le même moule partout et pour tout le monde), le management des entreprises people-intensive assumera une personnalité beaucoup plus marquée malgré un tropisme commun pour l’élégance. Pour les managers, le terrain de jeu de cette élégance, tournera autour de l’éthique. En management, l’élégance de l’éthique, c’est faire comprendre à ses collaborateurs que liberté et responsabilité fonctionnent en binôme. Ainsi, nous comprenons qu’il ne peut y avoir de responsabilité sans liberté et pas de liberté sans responsabilité. Ce couple liberté-responsabilité marquera profondément l’art du management dans les entreprises people-intensive. Pour un manager d’entreprise people-intensive, rendre son collaborateur libre et responsable est une forme de reconnaissance très élégante car cela correspond à la capacité de considérer l’autre comme un acteur engagé mais aussi comme une personne autonome.

L’organisation d’une entreprise people-intensive sera marquée par sa simplicité

Dans les entreprises de demain, à une situation complexe, il faudra répondre par une réponse simple (à ne pas confondre avec une réponse facile). L’entreprise people-intensive sera l’entreprise de la simplicité. Au sens noble du terme, une organisation simple est une organisation à la fois légère et efficace. En pratique, les processus mis en place par les managers des entreprises people-intensive devront donc toujours être les plus légers et efficaces possibles afin d’être les moins envahissants et les moins encombrants possibles. On « sublime » rien, on « sacralise » rien, on « singularise » rien, on « initie » rien quand on est surchargé et encombré par les processus. Faire simple fait aussi émerger plus de spontanéité et de réactivité dans nos actions, dans nos échanges et dans nos comportements. Faire simple est enfin une forme de « ludification » car faire simple, rend les choses plus plaisantes et plus légères, ce qui contribue à se focaliser sur le jeu plutôt que sur les enjeux.

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Pour conclure…

La vraie vocation d’une entreprise people-intensive n’est ni d’engraisser ses actionnaires ni d’assurer la sécurité sociale à ses employés mais de fabriquer de la qualité de vie en interne et de la valeur d’usage en externe ! Pour mettre en route ces entreprises d’un nouveau genre, les managers de demain devront apprendre à attirer les talents connectés à cette nouvelle logique économique. Pour cela, il est nécessaire de créer de nouveaux repères, de nouveaux flux et de nouveaux réflexes au sein même des organisations et des entreprises. Tout changement implique un effort de vie mais cet effort n’est jamais stérile. Un effort de vie a toujours une valeur et trouve très souvent un juste retour. Créer n’est jamais facile mais la facilité, c’est bien connu, n’a jamais eu aucune valeur.