La personne postmoderne fera-t-elle redémarrer le projet Humain ?

La personne postmoderne fera-t-elle redémarrer le projet Humain ?

Une fois n’est pas coutume, MPM jette un regard de manager non pas sur la hiérarchi-sation et son changement de paradigme mais sur la hierarchi-nation ou le management des nations sur leur peuple et ses conséquences.

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Bref coup d’œil dans le rétroviseur :

La croissance et l’endettement des nations et des citoyens ont fabriqué des individus modernes, riches et repus, installés dans un mode de vie plutôt confortable et facile. Malgré l’aspect volontairement provocateur de cette présentation, l’affirmation peut être facilement mesurée, vérifiée et surtout observée. On assiste en effet sur les trente dernières années à une hausse quasi constante du pouvoir d’achat, de l’obésité et du surpoids ainsi que des temps de loisirs et de divertissements. Bien que riche et repu par le biais (dans tous les sens du terme) de la croissance et de l’endettement, l’individu moderne mène une existence triste et vide tout en pillant les ressources matérielles et immatérielles de notre bonne vieille Terre ! On constate en effet une augmentation quasi constante de la consommation d’antidépresseurs et une baisse continue des matières premières non renouvelables à la surface de la Terre. Notre pouvoir d’achat est factuellement en hausse mais il persiste un décalage entre nos pulsions consommatrices ou « consummatrices » et notre pouvoir d’achat réel. C’est cela qui nous rend bêtement tristes et vides ! C’est précisément pour résoudre cette inadéquation perpétuelle entre son pouvoir d’achat et son pouvoir d’agir que l’homme à besoin non pas de croissance durable mais d’enveloppement durable pour exister autrement qu’à travers des billets de banque!

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Le crépuscule de la société moderne auquel nous assistons se caractérise par l’impossibilité de construire un projet collectif qui rassemble les citoyens sur une vision commune et structurée de l’avenir par faillite de l’intérêt général qui est de moins en moins admis. En effet, l’établissement de règles et de normes à priori se heurte à des résistances de plus en plus fréquentes des différentes castes. La plupart des sujets, autrefois réservés à la sphère privée et/ou autoritaire, passent désormais dans le domaine publique et démocratique à tel point que la loi est devenue le marqueur social de la prise en compte d’un problème donné et précède parfois les mœurs : il devient fréquent, en effet, de faire voter une loi pour quelques cas isolés. C’est précisément pour cela que l’ère postmoderne ne sera plus une société mais plutôt une mosaïque. Les visions, les valeurs, les intentions ont changé d’échelle. Elles ne concernent plus une nation ou une société, elles concernent des tribus. Ce changement d’échelle répond au saut de complexité sans précédent du monde sous la houlette, en particulier, des nouvelles technologies informatiques. Ce mouvement d’indépendance face à la société est une impatience manifeste par rapport aux promesses jamais tenues du « progrès » comme gage de la cohésion sociale. Tout se passe comme si les citoyens criaient : « Si la conséquence du progrès c’est de nous faire consommer des anxiolytiques, alors vivement la société du regret ! »

l-87224Des mutants du « progrès » transforment le paysage de la modernité

En réaction à l’usure sociétale vécue par nos contemporains, des mutants du « progrès » prennent leur destin en main en réfutant la réduction des différences en un modèle de citoyen unique. Sous leur impulsion, l’assimilation, l’intégration et l’homogénéisation saturent et en réaction le système se fragmente. Cette mutation s’accompagne du passage d’un individu moderne individualiste et égocentré à une personne postmoderne aux multi-appartenances plus ou moins éphémères et fluctuantes. La société semble passer de l’adolescence (tous ensemble, tous pareils) à l’âge adulte (unique ensemble en famille) ce qui, au passage, redonne du sens et du souffle au devoir collectif qui s’apprécie dorénavant, non plus par une carte d’identité mais par des liens originels, existentiels ou occasionnels. Socialement, tout se passe comme si les différentes tribus court-circuitaient la nation pour le pire et le meilleur en devenant les briques élémentaires d’une mosaïque très hétérogène prenant racine sur les ruines de la société moderne usée et vermoulue par un contrat social à bout de souffle ! Il suffit de constater la vraie actualité (pas celle des médias officiels mais celle officieuse de la vie réelle) pour s’en rendre compte. Quel paradoxe que le réel devienne officieux alors que l’artificiel et le virtuel sont officiels!

Comment translater notre système de valeur pour agir et servir notre environnement ?

L’équation de notre paradigme socio-économique est dorénavant connu et simple: La taille du garde-manger (ressources disponibles) par rapport au nombre de convives (la démographie) fait que la part de chacun diminuera. Cette proportion est vraie pour l’espace habitable, économique, écologique et politique. Une attitude générale de frugalité et d’intériorité est donc indispensable pour que chacun conserve un espace vital vivable. Il nous faut retrouver le temps, la liberté et la responsabilité d’agir sur notre destin plutôt que de subir cette croissance et cet endettement devenus impossibles et délétères. En tout et partout, il faudra passer d’une logique socio-économique industrielle à une logique socio-économique artisanale! L’entreprise moderne c’était contrat-argent-hiérarchie. L’entreprise postmoderne se sera passion-intelligence-dépassement. Déjà, des initiatives citoyennes dénonçant les pratiques économiques et environnementales (menace de boycott, atteinte à l’image de marque, etc.) réussissent à amener des entreprises à réviser leurs pratiques. Par ses choix de consommation, quotidiens ou ponctuels, chacun peut décider de soutenir des pratiques artisanales et locales qui visent un développement durable sur notre planète et le bien-être de tous ses habitants.

Comment se ré approprier cette part de décision sur le devenir de notre monde?

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En prônant un retour en force de l’acceptation immanente du destin de chacun, là où la modernité voulait homogénéiser, planifier et domestiquer le chemin de tous. L’homme moderne devait suivre son droit chemin. L’homme postmoderne suivra son sinueux destin et la tribu qui va avec ! A l’époque moderne, l’Homme a fait un pari absurde : vouloir se distinguer selon une norme universelle. L’époque postmoderne qui s’ouvre devant nous sera l’occasion de nous retrouver selon notre propre norme : Celle de la joie de vivre notre destin à l’intérieur de notre tribu. La surconsommation doit cesser. L’endettement doit cesser. Un nouveau modèle économique doit se mettre en place. Voici venu le temps de la décroissance économique et de l’accomplissement personnel. Et puisque nous changeons radicalement de paradigme et de logique socioéconomique force est d’inventer les méthodes, modèles et outils qui devront soutenir ce nouveau paradigme, cette nouvelle logique.

Du contrat social au pacte tribal ou des modalités aux finalités !

La modernité était un projet commun basé sur l’idée de progrès et de libération pour tous. La plupart des individus ressortent de ce modèle enchainés par les dettes et hébétés par le progrès non maitrisé. Nécessairement, notre système de valeur et sa méthodologie doivent évoluer et même radicalement muter car pour la première fois dans l’histoire de l’humanité c’est une question de vie ou de mort pour l’espèce humaine (cf. l’équation mise en lumière plus haut). Bien que plusieurs hypothèses puissent être posées, il semble que le système de valeur postmoderne s’oriente vers un projet tribal basé sur des affects plutôt que sur des idées. Faire circuler des affects plutôt que des idées aide à dés-idéaliser le monde. Cette des-idéalisation dont nous avons besoin pour survivre au-delà de trois ou quatre générations nous aidera à se frayer un chemin entre la doctrine officielle que certains modernes voudraient encore nous inculquer et la réalité du réel (si on peut se permettre cette expression !). Dans un pacte tribal, le lien socio-économique n’est plus sur des modalités répondant à des finalités préétablies (comme cela fut le cas avec le contrat social) mais sur des finalités spécifiques déclinant des modalités adaptées. Dans un projet tribal, il n’y a pas de contrat, il y a un pacte. Ce pacte nous fait vivre ensemble avec densité (forte liaison) et intensité (expérience forte) sans nous étouffer et en nous faisant reprendre le gout de l’intérêt général et de ceux qui nous entourent.

Une équipe de mouton finit toujours par être dirigée par un loup !

A l’ère moderne, on était citoyen d’un état nation qui se servait de nous. Mais une équipe de moutons finit toujours par être dirigé par des loups ! Suite à ce constat, la personne postmoderne deviendra serviteur de son destin en devenant militant de causes qui la dépassent. La crise actuelle est un décalage entre l’interprétation du monde par les élites et l’organisation des gens d’en bas. On est donc passé de la modernité quantifiable et uniforme à une postmodernité indéfinissable, ineffable et disparate. La politique et la morale éclate et le citoyen-sujet est un train de donner naissance à un militant tribal serviteur. Il y a un retour en force du destin car la morale de l’ère moderne nous avait déracinés par soucis (évidemment intéressé) d’égalité, de fraternité et de liberté pour tous. La morale moderne c’était la loi du Père c’est-à-dire l’éradication du Mal par la domination et l’autorité. L’éthique postmoderne sera plutôt la loi du frère. La loi du frère accepte l’imperfection par l’initiation. L’initiation c’est aussi se relier à l’autre, travailler en réseau, s’horizontaliser ce qui bien évidemment déplace les centres et la nature du pouvoir. La circulation des affects par réconciliation du corps et de l’esprit reprend le dessus pour le meilleur et pour le pire : la générosité (les chaines humaines pour telle ou telle cause) et le fanatisme (les bombes humaines ont la même racine ! La morale se raconte. L’éthique se vit. Le lien social se fait donc par les affects et non plus par les idées. D’où le passage des fameuses catégories socio professionnelles (communautés d’idées, de pensées ou d’identités) aux tribus (communautés d’affects, de vocation ou de passion).

MPM ORANGEConclusion du manager postmoderne

Quand il y a saturation idéologique et nous sommes en période de saturation idéologique, le système de valeur se translate. Typiquement, nous assistons à une translation sous forme de réconciliation. Du matériel vers l’immatériel, des chiffres et des lettres vers les symboles et les totems, de l’aplomb au vertige, du travail au jeu, du technique à l’archaïque, de l’enracinement à la pulsion, de la maitrise au risque, du temps à l’espace (ce n’est plus le temps qui crée du lien, c’est l’espace). L’économie moderne (basée sur la croissance et l’endettement) et la philosophie de vie postmoderne (basée sur l’intelligence, la passion et le dépassement) vont devoir divorcer. Pouvoir d’achat ou pouvoir d’agir, il faudra choisir ! La logique industrielle visait le pouvoir d’achat. La logique artisanale et tribale visera le pouvoir d’agir. Le deal est le suivant : moins riche en argent, moins repu en matériel mais en VIE avec une âme, un esprit, un cœur et un corps qui enveloppent et qui servent ce qui est précieux.