Management et ère du temps : les valeurs foutent-elles le camp ?

Management et ère du temps : les valeurs foutent-elles le camp ?

Management : du modèle au réel, l’écart se creuse !

Le réel c’est ce que l’on n’attend pas et qui arrive vraiment, tout le reste est prévu par le modèle ! Voilà au fond résumé ce qui nous tombe sur la tête quand les certitudes d’une époque s’en vont et qu’une autre, encore souterraine, s’éveille. A l’évidence, un immense chantier est devant nous pour reconstruire une nouvelle manière de penser et d’agir. Biberonnés aux vertus du solide et du pérenne, nous voilà presque obligé d’inventer le fragile, l’agile et parfois même l’ambigu pour faire un pont entre la stabilité d’un monde révolu et l’instabilité d’un monde émergent. Alors que le mot « institution » sonne encore à nos oreilles comme un synonyme de pérennité et de conformité, voilà que la réalité des choses et des évènements nous contraint d’imaginer des institutions (entreprises, services publics, associations) agiles, éphémères, temporaires pour répondre à la diversité, à l’instabilité et au renouvellement constant des situations. Tout se passe comme si les piliers fondamentaux de nos modèles d’hier se faisaient cisailler un à un par les flux expérimentaux du réel d’aujourd’hui.

Management de notre époque : notre niveau de maitrise devient très relatif…

Quand les flux expérimentaux laminent les piliers fondamentaux, c’est toute l’articulation de nos vies qui est à revisiter. L’explosion des technologies numériques a fait exploser la complexité de notre environnement avec un accroissement sans précédent, en nombre, en intensité et en fréquence des interactions de toute nature. Le niveau réel d’interactions est tel aujourd’hui que la recherche d’une toute puissance ou d’une toute maitrise est devenue presque illusoire. Le caractère temporaire, voire éphémère, des phénomènes brouille les relations, autrefois bien établies, entre réel et modèle. A l’évidence, notre qualité de vie dans ce monde nouveau passe par un réexamen des consciences en pensant de nouveaux modèles nous permettant de redevenir opérationnel sur le réel. Une des manières d’imaginer la conduite de ce changement est d’admettre que pour la première fois de son histoire, l’Homme est devenu le maillon faible de son espace-temps. Ce n’est plus lui qui donne le tempo. Désormais, c’est les flux continus d’informations, d’images et de sons qui dictent le rythme. Partout et en tout, la vitesse d’« agression » est devenue supérieure à la vitesse de « réaction ». L’Homme n’est plus le centre et le maître du monde. Certes, il fit naître les nouvelles technologies mais, à son tour, les nouvelles technologies font naître une nouvelle humanité.

Quand une époque chasse l’autre, une mutation du management de nos vies s’opère…

Sans surprise, quand un paradigme chasse l’autre, d’autres valeurs émergent. Ce n’est que l’extraordinaire stabilité et linéarité de la deuxième partie du XXème siècle qui nous avait fait oublier que tout ce qui existe est en devenir et que le devenir, par essence, évolue. La caractéristique de l’époque qui émerge sous nos yeux est le passage d’une certaine rigidité (dictée par les gens d’en haut et incarnée par le triptyque « Egalité-Liberté-Fraternité » ) vers une certaine agilité (choisie par les gens d’en bas et incarnée par la recette « Diversité-Personnalité-Solidarité »). C’est dans ce turbulent passage que se situe la transformation de notre paradigme socio-économique : il n’y a plus de piliers fondamentaux, il n’y a plus que des flux expérimentaux. Dans un monde de flux, la centralisation n’existe pas. Au mieux, il existe quelques fédérations issues d’une union libre et autonome. Dans un monde de flux, la stabilité n’existe pas. En revanche, il existe une instabilité, source de vie et de mouvement à condition d’accepter que le monde dans lequel nous vivons n’est pas une donnée mais au contraire en « train de se faire ».

Du management des piliers fondamentaux au management des flux expérimentaux…

Ce n’est pas parce ce que nous passons des piliers fondamentaux au flux expérimentaux que c’est la fin du monde. En revanche, soyons lucides, c’est la fin d’un monde avec (pour les plus entreprenants) l’opportunité d’en réinventer un autre. Pour créer ce nouveau monde, nous créerons de nouveaux repères. La période de rupture que nous vivons, nous fait en effet vivre un triple nomadisme en nous situant quelque part entre :

  • L’ennui de la routine et la peur de l’inconnu,
  • Le besoin de raison et l’envie de passion,
  • Le confort matériel et la pulsion spirituelle.

Ce “quelque part” n’est, par définition, pas très bien défini. Il symbolise une époque de transition entre un paradigme stable et ses emblèmes (la standardisation, la raison, le matériel et la sécurité) et un paradigme encore instable dans lequel la peur, la passion, l’envie et les pulsions s’invitent à nouveau dans nos vies. Quelles sont les conséquences et les opportunités de ce triple nomadisme dans le management de nos vies ?

  • Vivre entre l’ennui de la routine et la peur de l’inconnu nous amène à vouloir ou à devoir vivre de nouvelles expériences dans nos vies personnelles et professionnelles, souvent par tâtonnement, par ajustement. Ces tâtonnements et ces ajustements sont bien évidemment un premier flux expérimental pour régénérer nos valeurs.
  • Vivre entre raison et passion nous amène à enfourcher des combats, des croyances ou des convictions pour tente de réconcilier nos besoins et nos envies. Cette tentative de réconciliation est un deuxième flux expérimental pour transcender nos valeurs.
  • Vivre entre le confort matériel et la pulsion spirituelle nous amène à rechercher un équilibre entre sécurité et liberté. Cette recherche d’équilibre entre ce qui nous rassure et ce qui nous titille est assurément un troisième flux expérimental pour construire un nouvel horizon à nos valeurs.

Management de nos valeurs de demain : Symphonie, cacophonie ou harmonie ? 

Etre quelque part entre routine et inconnu, entre raison et passion ou encore entre matériel et spirituel est pour certains des errements regrettables. Pour d’autres, c’est la source de flux souhaitables et indispensables pour vivre le réel d’une époque dont le sens est de réconcilier ce que l’ère précédente avait artificiellement séparé. Ces flux permettront de se sortir des limites et des impasses dans lesquelles nous nous sommes enfermées afin de trouver de nouvelles vocations et de nouveaux horizons. Ces nouveaux chemins ne seront plus imposés par quelques-uns sous forme de piliers fondamentaux mais seront générés par chacun de nous ou par quelque uns avec quelques autres sous forme d’un ensemble de flux plus ou moins en harmonie, plus ou moins en cacophonie plus ou moins en symphonie…nous verrons bien, chemin faisant !