Manager de demain : Quelle légitimité pour quelle crédibilité ?

Manager de demain : Quelle légitimité pour quelle crédibilité ?

réussir sa vieRéussir sa vie plutôt que réussir dans la vie : un changement de cap pour le management ?

Au 20ième siècle, l’immense majorité de la population active souhaitait réussir dans la vie. Le fameux contrat social incarnait à merveille cette intention en scellant la question économique et sociale : production contre protection ! A partir des années 1970, les crises socio-économiques à répétition ont sérieusement écorné ce contrat social (que personne n’a d’ailleurs jamais vraiment signé) et aujourd’hui on préfère réussir sa vie plutôt que réussir dans la vie. En réaction à ce changement profond d’éthique, la question du sens est partout. S’engager pour quoi faire, travailler pour quoi faire ou encore un manager pour quoi faire ? Voilà abruptement mais aussi très concrètement, la traduction de notre questionnement venant parfois ronger ou titiller notre motivation, notre mobilisation ou encore notre implication. Dans ce contexte, les entreprises chercheront dès demain des managers capables de réconcilier un projet de vie personnel et donc forcément individuel avec un projet de vie professionnel et donc souvent collectif. Anticipons même que c’est précisément cette capacité de réconciliation qui fera la légitimité et la crédibilité du manager de demain.

Du meneur au porteur : le manager change de mission

manager de demain

Le manager d’hier était plutôt un meneur d’homme. Le manager de demain sera plutôt un porteur de sens. En effet, pour devenir une force d’interposition capable de transformer l’incertitude du monde exterieur en une certaine quiétude de notre « monde intérieur », le manager de demain deviendra un porteur de sens : Un porteur de sens capable de donner de la cohérence, de la consistance et de la constance à la signification des choses, au chemin parcouru et aux sensations vécues. Signification, direction, sensation, voilà bien les trois dimensions du mot sens dont le manager postmoderne s’emparera pour permettre à l’avenir de redevenir une force motrice. Quel sera, pour chacune des trois dimensions, le rôle de ce manager porteur de sens ? C’est ce que nous allons tenter de décrypter.

La simplicité : une première vertu indispensable pour le manager de demain

Pour donner du sens à la signification des choses, le manager de demain fera preuve de simplicité. Paradoxalement, la simplicité est la réponse à la complexité. Simplifier, sans être simpliste, c’est rendre les choses à la fois plus légères et plus puissantes : plus légère à porter et plus puissante en portée. C’est précisément la combinaison de cette légèreté et de cette puissance qui redonneront du sens aux actions demandées et aux efforts exigés. Quel est le degré de légèreté et de puissance que je propose ou que j’impose à mes équipes ? Voilà une question clé pour un manager porteur de sens souhaitant aider ses équipes à avancer et à progresser dans la complexité ambiante.

La sélectivité : une deuxième vertu indispensable pour le manager de demain

Pour donner du sens à une orientation donnée, le manager de demain devra faire preuve de sélectivité. La sélectivité est paradoxalement la réponse à la fragilité de plus en grande fréquente des orientations prises. Sélectionner ce n’est pas écarter ou débarquer sauvagement un tel ou une telle. Sélectionner, c’est spécifier, dès le départ de l’aventure, l’intention collective de l’équipe. Dans un monde devenu de plus en plus imprévisible, quand on ne sait pas forcement où l’on va, mieux vaut savoir avec qui on y va et comment on y va ! Avec qui on y va et comment on y va : ces deux questions monopoliseront les efforts de sélection du manager de demain. Cette sélectivité de l’intention conditionnera à l’évidence la solidité des orientations prises et donc la solidarité des équipes au cours et aux détours de l’aventure collective. Il existe en effet que deux alternatives quant aux questions d’orientations : Soit le manager prend le risque de divergences grandissantes entre les intentions individuelles par absence ou faiblesse d’intention commune claire, soit il prend le risque de mettre la question de l’intention collective sur le tapis quitte à voir certains membres de sa tribu se désolidariser de l’intention commune. Dans les deux cas, le risque est important et se ramène, en somme, à un risque d’éventuel éclatement (immédiat ou différé) d’une partie de la tribu. A partir du moment où dans tous les cas de figure ce risque existe, autant expliciter clairement et rapidement son intention pour donner, à tout moment, du sens aux différentes orientations prises.

sens MPML’agilité : une troisième vertu indispensable pour le manager de demain

Pour donner du sens aux sensations vécues, le manager de demain devra faire preuve d’agilité. Le sens ne se planifie pas, il ne se projette pas. Il se vit et se ressent. L’espace-temps d’hier était sensible à la planification. L’espace-temps de demain sera sensible à la synchronisation. Par définition, les processus de planification sont très sensibles aux imprévus, aux changements et aux aléas contrairement aux processus de synchronisation qui les intègrent naturellement. Ce changement assez radical de logique est un des moteurs de l’idéal communautaire qui infiltrera les entreprises de demain. Ce passage de la planification à la synchronisation signe également une quête de sens : Ne plus perdre sa vie à la gagner mais être ensemble pour vivre une intention collective. Voilà peut-être le vrai sens de l’agilité postmoderne. Substituer la planification par la synchronisation illustre également, en creux, le passage d’une logique statique (éloge de ce qui stable, durable et solide) à une logique dynamique (éloge de ce qui est à la fois intense, souple et agile).

Cohérence, Consistance, Constance : la nouvelle feuille de route du manager de demain

Manager bonne route

Simplicité, sélectivité, agilité, trois vertus dont feront preuve les managers de demain pour redevenir consistants, constants et cohérents. Consistants dans les significations qu’ils offrent à leur équipe, constants dans les orientations qu’ils fixent à leurs collaborateurs et cohérents quant aux sensations recherchées au fil du temps et du chemin parcouru.