Employabilité : Prêt pour le monde d’après ?

Employabilité : Prêt pour le monde d’après ?

La crise du coronavirus accélère la mutation du marché du travail

En termes d’employabilité, le sujet du télétravail a sans aucun doute dominé les débats ces derniers temps mais il n’est au fond que l’écume du vrai sujet. En effet, la crise sanitaire n’a fait que révéler, grandeur nature, la nette diminution des activités qui ne demandent pas un quelconque poste de travail, dans un endroit donné, selon des horaires donnés. A l’évidence, les trois attraits du télétravail ont résonné très fort et près d’un salarié sur trois dans le privée a découvert l’absence d’obligation de lieu, donc choix du lieu de vie, l’absence d’obligation horaire, donc réorganisation des temps de vie et l’absence de subordination, donc autonomie et responsabilité personnelles. Cette expérience de masse laissera son empreinte dans le monde d’après et ce quelle que soit l’évolution de la situation sanitaire actuelle. On le sent bien, une sorte de guerre « au bureau » est déclarée, non pour que la paresse ou l’oisiveté l’emportent, mais pour que la joie d’un vrai métier, parfaitement assumé et mené, triomphe. La crise du coronavirus ne fait qu’accélérer les contraintes d’efficacité, de complexité et de proximité qui dictent les changements en cours sur le marché du travail. Dans un avenir proche, il est possible que des employeurs se passent ‪de certains salariés et inversement que beaucoup de salariés décident de se passer de certains patrons. C’est une certitude, les lignes bougent et plus vite que certains l’imaginent.

Arrêtons de nous mentir, nous ne sommes pas prêts !

Comme d’habitude les crises accélèrent les évolutions latentes. Sans risque de se tromper, on peut donc parier que les employeurs souhaiteront de plus en plus de robots pour faire mieux que les humains (les humeurs en moins) les taches automatisables et de en plus en plus d’humains faisant mieux ce que les robots ne seront pas encore faire. Le marché du travail va donc plus rapidement que prévu se partager inexorablement entre les robots et leurs algorithmes d’un côté et les humains et leurs conscience de l’autre. Voilà posé le paradigme de notre employabilité de demain. En attendant, le problème actuel est l’inéquation entre l’offre et la demande. En termes de compétences et de talents recherchés, le gap  n’a jamais été aussi flagrant. Il faut dire que certains prennent plus de plaisir à se former à des métiers sans débouchés plutôt que de se former à des métiers avec débouchés. Cette situation est assez dramatique car si nous devenons inutile sur le marché du travail, nous ne serons certes plus exploités mais qui a-t-il de pire que d’être exploité ? Et bien justement de devenir inutile ! Alors comment ne plus être ni exploité ni inutile ?

Le travail doit redevenir une vision personnelle et rien d’autre

Certainement en se créant sa propre vision du travail. En effet, le sens qu’on lui accorde, la passion qu’on y injecte et l’inspiration qu’on y puise, dépendent directement du temps qu’on nous laisse et de la confiance qu’on nous accorde pour travailler librement sur des projets choisis et non subis. C’est dans ce réel engagement que se niche la valeur de notre travail de demain. Elle nécessite une vraie réflexion sur le projet que l’on souhaite porter et le trajet que l’on souhaite accomplir. Une chose est certaine, quel que soit le scénario à venir sur le marché du travail, les deux grands pourvoyeurs de sens dont l’Homme continuera d’avoir un besoin vital sont :

  • Une mission qui resonne avec sa vocation pour se révéler
  • Une communauté pour s’intégrer et partager sa vocation

Tout le reste (et les progrès technique en particulier) restera au fond que des prothèses plus ou moins utiles à ces deux besoins fondamentaux de notre épanouissement personnel et collectif au travail

Nos talents vont devenir plus importants que nos compétences

Faire acquérir des compétences à une personne talentueuse est une chose mais faire acquérir des talents à une personne compétente en est une autre. Dans un marché du travail en pleine mutation, les compétences ne suffisent plus et la vraie virtuosité passe par une fine complémentarité entre compétences et talents. Une compétence est l’habileté à utiliser des outils ou méthodes connus face à des situations connues ou similaires. Un talent est l’ habileté  à créer ou trouver des outils nouveaux face à des situations nouvelles. En période de profonds changements comme actuellement, les entreprises ont une demande accrue de talents pour trouver de nouvelles solutions et une offre plutôt centrée sur des compétences devenant de plus en plus obsolètes. Cette désynchronisation entre l’offre et la demande fait le malheur des entreprises et de ses salariés et s’explique facilement si l’on comprend que la vitesse d’agression du changement (le besoin de nouveaux talents) dépasse la vitesse de réaction humaine (le temps nécessaire pour former la majorité des gens aux compétences idoines). Il devient donc urgent de repérer les talents des gens et de les utiliser plutôt que de former des clones sur des compétences devenues obsolètes avant même d’être acquises

Quelle est ma valeur ajoutée face à la machine ?

La vraie intelligence de demain sur le marché du travail sera de créer plus de valeur (virtuosité oblige) avec moins de ressources (écologie oblige). Chacun sur ce chemin-là peut apporter sa pierre. Reste à définir laquelle ! Pour partir dans la bonne direction, il est nécessaire de prendre conscience que demain on sera employable, si et seulement, l’intelligence artificielle et moi devient plus performant que l’intelligence artificielle sans moi.  A ce titre, il est important de comprendre que les métiers standardisés non manuels (le radiologue par exemple) sont plus menacés par les progrès en cours que les métiers innovants non manuels (concepteur d’IA par exemple) eux mêmes plus menacés que les métiers standardisés manuels (maçon par exemple) eux mêmes plus menacés que les métiers créatifs manuels (maitre chocolatier par exemple).En regardant bien en face la mutation du marché du travail, nous devons froidement mais sereinement nous poser deux questions cruciales :

  1. Que fais-je mieux que les autres et qu’une machine ne sait pas faire ? (ca c’est mon métier)
  2. Ce métier sera-t-il encore plus utile ou moins utile demain ? (autrement dit reconversion ou pas ?)  

Pour conclure provisoirement….

Face aux évolutions sociétales en cours, il devient réellement nécessaire de répondre à la question suivante : Qu’est-ce que cela signifie exactement d’avoir un travail ? A l’évidence, faire des études ne sert plus à obtenir un précieux diplôme (il y en a trop) ou obtenir un emploi (il y en a pas assez) mais à chercher (et peut être trouver) ses compétences et ses talents en développant toutes ses formes d’intelligences. Le message clé des années futures pour retrouver du sens dans son job sera : Ne cherchez plus un emploi, créez en un ! En effet, il sera bientôt plus simple de trouver un client intéressé par ce que l’on fait de très bien que de trouver un employeur intéressé par son CV. Dans un monde où la productivité règne, les talents courent vers l’argent mais dans un monde où la virtuosité règne, l’argent courent derrière les talents. Notre époque est en train de vivre une mutation entre productivité (économie de masse) et virtuosité (économie de niche). Dans ce monde-là, une des meilleures manières de se créer des opportunités personnelles ou professionnelles, c’est d’en être une pour les autres ! En termes d’employabilité, nos convictions seront le moteur de nos solutions ! Sans conviction, toute solution restera inerte, sans énergie ni synergie. En toute logique, le profil de main se dessine donc déjà et peut se résumer ainsi : Impactant par sa créativité, Efficace grâce aux données et Agile grâce à son adaptabilité !