A quoi pourrait ressembler le post-management ?

A quoi pourrait ressembler le post-management ?

Le post-management retrouvera les mots pour rassembler

La baisse d’autorité que traverse actuellement le management illustre le syndrome bien connu de la « parole perdue ». Au fond, une crise (politique, économique ou managériale) survient quand un court-circuit se produit entre les mots des gens d’en haut et les maux des gens d’en bas. Le job du post-management sera donc de rétablir le courant entre ces deux mondes pour les reconnecter. Comment passer d’un management usé, saturé et déconsidéré à un post-management renouvelé, régénéré et reconsidéré ? Peut-être en trouvant les mots pertinents qui, libérés de leurs carcans, deviennent peu à peu des paroles fondatrices et libératrices. C’est autour de ces mots rafraichis que pourra s’élaborer un renouveau attendu et désiré. En effet, une époque c’est aussi un vocabulaire et le vocabulaire influe beaucoup sur l’atmosphère. Les mots du management sont essentiellement guerriers. Les clients sont des cibles, les collaborateurs sont des soldats et la direction est retranchée au siège, véritable Q.G, où s’élabore les plans de bataille. A l’évidence, cet univers guerrier est assez clivant et les différents bataillons mènent souvent leur vie séparément. En réaction à cette scission, le post-management construira un sentiment partagé par tous. Ce lien immatériel sera le terreau de nouvelles intentions collectives influant à la fois le projet et le trajet de l’entreprise et de son organisation.

Pour le post-management, les « tensions » génèreront de nouvelles « in-tentions »

Evidemment, une intention collective partagée par tous ne peut être qu’un sentiment « pluriforme ». Une sorte d’attracteur qui, par essence, incorpore le pluralisme latent et patent traversant et parfois même transperçant la société comme les entreprises. En langage populaire, on dit parfois qu’il faut de tout pour faire un monde. Le management, avec sa quête du « tous pareils », a trop longtemps négligé les effets délétères de sa volonté parfois excessive de tout homogénéiser et de tout rationaliser. Le principe à l’œuvre dans le post-management sera de reconnaitre que chaque chose contient son principe contradictoire et donc que toute harmonie est conflictuelle. Pour innover par exemple (nous prenons cet exemple car le rêve du management pour se sauver est d’innover), il est souvent nécessaire de créer un peu de désordre dans l’ordre établi et pousser, à un certain déséquilibre, le bel équilibre des choses. Ce sont ces interactions entre ordre et désordre, durée et intensité, raison et passion (et bien d’autres encore) qui rendent les tensions génératrices d’innovations. De tension à intention, il n’y a qu’une nuance. En effet, l’in-tention n’est rien d’autre que cette tension interne qui doit être dissipée par une émergence capable de dépasser et de transcender, sans les opposer, les tensions observées. C’est avec un tel état d’esprit que le management se libérera et s’émancipera de ses carcans habituels imposés par ses modèles étriqués, usés et saturés (malgré le recours parfois un peu illusoire aux nouvelles technologies).

Le post-management : Une émergence du moine, du chevalier et du marchand

Le moine, le chevalier et le marchand ont été les trois personnages les plus influents des trois grands derniers paradigmes socio-économiques. Ils ont été respectivement le personnage central du moyen âge, de l’ère féodale et de l’ère moderne (qui s’achève sous nos yeux). Un nouveau paradigme ne se construit jamais contre un autre mais sur un autre, en l’intégrant. Ces trois personnages ne disparaitront donc pas mais ils se ré-inventeront. Le post-management fera émerger de nouveaux profils issus de la rencontre entre le moine, le chevalier et le marchand. Parions, par exemple, que de la rencontre du moine et du chevalier aboutira un ordre plus salutaire. Parions aussi que de la rencontre du chevalier et du marchand naitra un aventurier réconciliant noblesse et économie. Parions enfin que de la rencontre du moine et du marchand émergera un pont entre spiritualité et prospérité. Ces différentes visions mettent en lumière la différence fondamentale entre management et post-management. Le management voulait que les choses durent (le management est presque par essence conservateur) et pour durer il fallait appliquer…si possible à la lettre. La volonté du post-management ne sera plus de faire durer les choses mais de les féconder pour mieux les transformer, mieux les bonifier, mieux les accompagner, mieux les envelopper !

Le post-management rétablira le réel au détriment du modèle

A travers ces nouveaux profils, le post-management s’efforcera de « réparer » une grosse casse du management dit moderne : la conceptualisation ! Un concept met souvent l’imaginaire au-dessus du réel. Ce phantasme illustre l’illusoire volonté de totale maitrise que le management s’était fixé. L’industrialisation des process a nécessité leur conceptualisation en oubliant que l’esprit ne se limite pas au cerveau et à sa raison mais secrète des affects et des sensibilités par tous ses pores. L’hypocrisie de la conceptualisation consiste à nier le réel au nom du modèle. Dans les entreprises, cette négation du réel au profit du modèle est à l’origine du divorce entre les gens « d’en haut » qui existe par le modèle et les « gens d’en bas » qui vivent dans le réel. Il est temps de réconcilier le réel et le modèle si l’on souhaite retrouver une réelle authenticité, un vraie confiance ou encore une proximité harmonieuse. Dans les entreprises comme ailleurs, les époques changent et les codes s’usent. Pour prendre un exemple concret, disons que la qualité de vie au travail ne se mesure plus aux valeurs affichées par le modèle venu d’en haut mais plutôt aux valeurs vécues dans le réel d’en bas. Aujourd’hui, l’expérience est plus importante que la promesse et ce qui est vécu en bas prime par rapport à ce qui est vendu par le haut !

Du management au post-management : travaux en cours

Pour se mondialiser, le management a obstinément recherché à se raisonner. Cette recherche effrénée de tout contrôler explique en grande partie son coté très mécanique avec ses lois, ses références et ses conventions. En réaction, le post-management cherchera des logiques plus organiques que mécaniques pour créer de la foi plus que des lois, des émergences plus que des convenances et des interférences plus que des références. Au fond, le management souhaitait nous ramener dans sa norme. En réaction, le post-management préfèrera faire de nous des gens hors normes. Le management pensait que l’union faisait la force si on parvenait à être tous pareils c’est-à-dire comme lui. Pour sortir de cette impasse, le post-management montrera que l’union fait la force si on parvient à être unique ensemble. La nuance est de taille. Le management préférait l’obéissance à l’engagement. Le post-management fera le pari inverse   en préférant libérer les chevaux plutôt que de parker les moutons. A l’évidence, l’intention du post-management sera d’échapper à la chape de plomb imposé par le management pour sortir d’un modèle usé et tendre vers un réel (enfin ?) renouvelé et peut être ré-enchanté !