Odeur, teneur et saveur de notre époque : Regard sur un processus en cours !

samedi 19 mai 2018

Odeur, teneur et saveur de notre époque : Regard sur un processus en cours !

Notre époque exige un nouveau flair pour détecter l’odeur de la meute

Qu’on l’apprécie ou pas, notre époque nous offre une nouvelle atmosphère mentale. Evidemment, cette nouvelle atmosphère est encore largement indicible et ineffable même si certaines lignes de forces commencent à émerger. Dans les chapitres précédents, nous avons déjà évoqué quelques-unes de ces lignes de force. Rappelons en deux à titre d’exemple. Le pivotement des structures verticales vers des structures plus horizontales illustre le glissement d’un monde où l’on était les uns en dessous des autres (le monde hiérarchique) vers un monde où nous sommes les uns à coté des autres (un monde en CO- ou un monde en réseau). L’éclatement de l’unité en unicité indique le passage d’une société globale (« tous pareils ») à une société tribale (« unique ensemble »). A travers ce pivotement et cet éclatement, les plus grincheux et les plus nostalgiques verront une perte de cohérence et de consistance alors que les autres y verront deux leviers pour tenter de réinventer et de ré-enchanter les modalités de nos vies. Une chose est certaine : Au sein de la société, l’odeur de la meute est en train de changer et un nouveau flair devient indispensable pour décoder l’époque émergente et iconoclaste que nous vivons.

La teneur de notre époque est de répondre à la complexité par la complication !

Le passage d’un paradigme sociétal à un autre est semblable à la métamorphose d’une chenille en papillon, il est à la fois douloureux et délicat. Par analogie, la question fondamentale que pose notre époque est donc la suivante : Quelle métamorphose faut-il mener en terme de structure et de logique de vie pour faire face à ce profond changement ? Le réflexe est souvent de faire une chenille qui vole ou un papillon qui rampe. Autrement dit, notre réflexe est de compliquer ou de sophistiquer nos différentes vies plutôt que de radicalement changer de vie. Tout se passe comme si nous préfèrerions de vraies complications aux vrais changements ! Quelle erreur ! Compliquer les choses est un leurre. La chenille ne volera jamais aussi bien que le papillon et le papillon ne rampera jamais aussi bien que la chenille, quels que soient les efforts réalisés et les ressources investies. On ne comprend rien aux turbulences socioéconomiques de notre époque si l’on ne les “attaque” pas par le biais des métamorphoses en cours et du « floutage » des frontières qu’induit cette métamorphose entre nos différentes vies.

L’époque nous offre de belles sueurs et de nouvelles saveurs

Personnellement et professionnellement, notre époque nous plonge, parfois malgré nous, dans une complexité croissance. Cette immersion nous fait vivre entre implosion et explosion donc plus entre émotions et sensations qu’entre droite raison et strictes déclinaisons. A l’image du comprimé effervescent se délitant dans un verre d’eau, notre réel devient éclaté et cohérent à la fois. Cette dispersion cohérente a un prix. Ce prix à payer est celui du nomadisme, de la pluralité et de la polyvalence. Oui, nous devons (et nous devrons) être toujours plus nomades, pluriels et polyvalents pour faire face aux réalités éclatées et non moins cohérentes d’aujourd’hui. Tout se passe comme si une triple dynamique était en train de nous transpercer : la dynamique des flux (le nomadisme), la dynamique des identités (le pluralisme) et la dynamique des compétences (la polyvalence). Cette simple observation est un formidable pied de nez à l’immobilisme ambiant et à l’impuissance des élites à reformer d’en haut. Non, la société d’en bas n’est pas figée. Elle s’ajuste, elle s’adapte. Elle s’immisce aussi dans les libertés interstitielles laissées par la complexité ambiante, plus rapidement, plus agilement et plus adroitement que la société d’en haut, centralisée, bureaucratisée et donc relativement sclérosée.

Nomadisme, pluralisme, polyvalence : Bienvenue dans la complexité 

Parfois au prix de belles sueurs, l’effervescence de notre époque sait aussi nous offrir de nouvelles saveurs. Expert en management ou pas, on comprend vite que le processus de complexification irrémédiable et irréversible que nous vivons augmente les besoins d’interdépendance et donc les besoins d’interaction. Cette simple observation éclaire d’un œil nouveau les liens souterrains existants entre trois phénomènes rappelés plus haut : le nomadisme, le pluralisme et la polyvalence. Expliquons nous ! Ce que nous avons appelé le nomadisme et son corollaire, le mode de fonctionnement en réseau, ne fait que répondre au besoin (et pas forcément à l’envie) de bouger plus et plus souvent de clan ou de tribu pour, en permanence, rechercher l’agilité susceptible de nous faire tenir en équilibre dans un monde éclaté. La source du nomadisme est d’abord et avant tout une imprévisibilité des durées de collaboration ou d’association (à titre personnel comme à titre professionnel). Pour prendre un exemple parlant, rappelons que l’acronyme CDI signifie Contrat à Durée Indéterminée (et non illimitée). Le nomadisme porte aussi en lui les germes du pluralisme de l’identité que chacun peut aujourd’hui observer aujourd’hui chez une même personne au même moment. En effet, bouger en permanence nécessite de s’adapter sans se renier, de s’intégrer et de se distinguer, de s’immiscer et de s’imposer. A l’évidence, le nomade aura tendance à être singulier-pluriel c’est-à-dire à la fois éclaté et cohérent pour faire corps avec la réalité de ses différentes vies. Nomadisme, pluralisme et donc polyvalence, pourrait-on dire ! En effet, dans ce va et vient des visions, des missions et des associations qui guident dorénavant nos vies, la polyvalence (c’est-à-dire la capacité de mener plusieurs activités à la fois) est plus sure que la monovalence. Ne pas se draper dans un statut mais faire preuve de vertu, voilà une autre conséquence imposée par la complexité ambiante. A bon entendeur, salut !

Demain, la question ne sera plus « qui es-tu ? » mais « que deviens-tu ? »

Si le statut était une réponse assez convenue à la question « Qui es-tu ? », la vertu est (et sera) de plus en plus la réponse à la question « Que deviens-tu ? ». Avec le saut de complexité que connait nos environnements et les métamorphoses engendrées par ces sauts, nous ne serons plus jamais légitimes et crédibles avec une seule carte de visite. C’est l’œuvre et la dynamique de chacun qui fixera notre niveau d’utilité et donc de crédibilité. Evidemment, plus cette œuvre sera polyvalente et plus elle sera appréciée. Par définition, être polyvalent, c’est offrir plusieurs usages possibles. C’est exactement ce que l’on demandera aux compétences et aux talents de demain. Etre efficace en ayant une valeur d’usage tout terrain. Cette logique de polyvalence accélèrera l’émergence de réseaux organisés en communautés complémentaires et solidaires à la fois. Ces tribus plus ou moins éphémères orchestrent déjà, le temps d’un projet, le nomadisme, le pluralisme et la polyvalence de notre époque en créant la triple dynamique décryptée plus haut : dynamique des flux pour le nomadisme, dynamique des identités pour la pluralisme et dynamiques des activités pour la polyvalence. Concluons par un souhait en espérant que ces nouvelles dynamiques replacent l’Humain au centre et au service de la vie des territoires et des terroirs !

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